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dimanche, 12 septembre 2010

japon:suicides en masses

 

 

L'économie japonaise, lourdement affectée par le taux élevé de suicides

 

Tokyo, correspondance

Les suicides et dépressions ne sont pas seulement des drames humains. Ils ont aussi des conséquences économiques, que le Japon a tenté pour la première fois d'évaluer. Le gouvernement a calculé que les 32 845 suicides commis en 2009 avaient "coûté" 1 900 milliards de yens, soit 17,8 milliards d'euros, du fait d'un manque à gagner en termes de consommation et d'allocations...

 

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Toujours selon des chiffres dévoilés mardi 7 septembre par le ministre de la santé Akira Nagatsuma, la perte atteint 25,1 milliards d'euros si on ajoute les frais induits par les arrêts-maladie et les dépenses médicales dus à des dépressions.

L'étude japonaise s'inspire de celle diligentée au Royaume-Uni en 1998 et qui s'était conclue sur un constat alarmant : l'économie britannique avait perdu 43,2 milliards d'euros en raison des problèmes liés à la dépression. La conclusion avait amené les autorités à faciliter l'accès aux services de psychothérapie, une initiative concluante puisque le taux de suicide avait baissé de 9,2 pour 100 000 personnes en 1997, à 7,8 pour 100 000 dix ans plus tard.

L'enquête menée au Japon, où ce taux approche les 26 suicides pour 100 000 personnes, aura-t-elle le même effet ? Difficile à dire, même si le premier ministre Naoto Kan a estimé que s'attaquer au suicide "pourrait aider à construire une société avec moins de souffrance".

TRADITION DES SAMOURAÏS

Jusqu'à maintenant, les quelques initiatives prises pour mieux déceler les dépressions et réduire les suicides n'ont pas eu les effets escomptés. En 2000, le gouvernement s'était engagé à réduire de 20 % le nombre de suicides d'ici à 2010, en luttant contre le chômage et en assurant un meilleur suivi dans les entreprises.

Un service téléphonique baptisé "Inochi no denwa" - "le téléphone de la vie" - a été mis en place en 2001. Mais il peine à obtenir les fonds suffisants à son fonctionnement, et les 300 volontaires qui y travaillent doivent traiter quelque 27 000 appels par an.

En 2009, le gouvernement a promis une enveloppe supplémentaire de 148 millions d'euros pour les mesures de prévention, avec un nouvel objectif : faire descendre le nombre de suicides à 23 000 en 2016. Mais depuis douze ans, il reste supérieur à 30 000.

La prévention pâtit de l'image du suicide dans l'opinion japonaise. Se donner la mort n'est pas soumis à un interdit moral ou religieux. L'acte bénéficierait même d'une certaine considération, héritée de la tradition des samouraïs et entretenue dans les milieux traditionalistes.

Plus généralement, le Japon souffre d'un grave problème d'accès aux psychothérapies. Non remboursée par la Sécurité sociale, une consultation coûte au minimum 75 euros de l'heure. Trop cher pour un grand nombre de personnes en dépression, majoritairement en situation d'échec professionnel dans un contexte économique qui se dégrade depuis près de vingt ans. Dans le même temps, en 2008, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a souligné un problème d'organisation dans l'Archipel pour l'offre de soins psychiatriques.

Le coût pour l'économie japonaise pourrait donc continuer de croître, malgré certains progrès. Pour preuve, alors qu'une telle démarche avait auparavant très peu de chances d'aboutir, 269 cas de suicides après dépression au travail ont officiellement été reconnus comme maladie professionnelle en 2008.

Philippe Mesmer

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