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dimanche, 15 août 2010

Le zouglou,bande-son de la jeunesse ivoirienne

En 20 ans, le zouglou est devenu la bande-son de la jeunesse ivoirienne

 

© AFP
Le groupe Magic System à Abidjan, le 23 mars 2008. © AFP Kambou Sia
ABIDJAN (AFP) - dimanche 15 août 2010 - 11h28 -

Sortie il y a 20 ans des cités universitaires dAbidjan dans le fracas des combats démocratiques, la musique zouglou est parvenue à réunir sous sa bannière la jeunesse dune Côte dIvoire divisée, et elle entend continuer à faire danser à travers lAfrique et au-delà.


Au début des années 2000, le groupe Magic System, formé de quatre garçons venus des quartiers populaires de la capitale économique ivoirienne, a donné une notoriété internationale à ce rythme entraînant grâce au tube "Premier Gaou", fable sur les déboires sentimentaux dun jeune homme naïf.

Lacte de naissance du zouglou remonte à 1990. En pleine fin de règne du "père de la nation" Félix Houphouët-Boigny (1960-1993), cest lannée de lintroduction du multipartisme et de la création de la Fédération estudiantine de Côte dIvoire (Fesci), un syndicat appelé à devenir aussi puissant que sulfureux en raison de ses pratiques parfois violentes.

Rassemblés tous les soirs sur les espaces verts des campus de la métropole, des étudiants de la Fesci chantent alors au son des tambours leur quotidien, et dénoncent leurs conditions de vie : la bande-son dAbidjan est née.

Les "Parents du campus" est le premier groupe à sortir un disque zouglou: le titre "Gboklo Koffi" (surnom de la hyène dans les contes traditionnels ivoiriens, employé ici pour désigner Houphouët-Boigny) fait accéder au succès cette musique frondeuse et ancrée dans le folklore national.

Depuis, la fièvre "zougloutique" na pas baissé, en dépit des soubresauts ivoiriens des dernières années.

Alors que le pays est coupé en deux depuis le putsch raté de 2002, "nous avons la chance de disposer d'un rythme fédérateur dans lequel tous les Ivoiriens se retrouvent", se réjouit le promoteur Angelo Kabila.

 

© AFP
Le Festival international du zouglou (FIZ) dAbidjan, le 2 mai 2010. 
© AFP/Archives Issouf Sanogo
"Le zouglou est devenu le porte-étendard de la musique ivoirienne", dit à lAFP M. Kabila, qui en mai dernier a dédié à ce 20e anniversaire son Festival international du zouglou (FIZ) dAbidjan, en présence dune cinquantaine dartistes.

Si elle a été pendant un moment associée aux "jeunes patriotes", partisans radicaux du pouvoir (leur chef Charles Blé Goudé est dailleurs un entrepreneur de lindustrie zouglou), cette musique a été adoptée par tous les camps.

Les prestations des "zougloumen" sont ainsi un ingrédient obligé des meetings de l'opposition comme des tenants du régime, où lon "libère" (danse) avec damples mouvements des bras.

"La force du zouglou réside dans la portée des messages qui expriment tout haut ce que le peuple pense tout bas", explique Georges Aboké, ex-animateur vedette à la télévision ivoirienne.

Perpétuant lesprit des débuts, certains chanteurs se montrent très critiques. La corruption est une cible de choix. Pour laccès aux emplois publics par exemple: "on passe les concours, on attend les résultats, c'est le résultat qui attend notre argent", chante le duo Yodé et Siro, tout en gardant un brin de nonchalance dans le réquisitoire.

Ce rythme et ces paroles souvent acides ont conquis les pistes de danse en Afrique francophone, à limage de la chanson "Abidjan Farot" dEspoir 2000.

"Véhiculés en français, nos messages parlent autant en Côte d'Ivoire qu'aux populations de Kinshasa, Brazzaville, Lomé, Yaoundé....", explique le leader du groupe, Pat Sako.

Un succès qui donne des idées à des promoteurs culturels ivoiriens, soucieux damplifier un mouvement qui a déjà séduit en France.

Toutefois, la lutte commence sur les trottoirs dAbidjan : les disques de zouglou piratés sy achètent pour une bouchée de pain, compromettant lessor de cette musique.

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