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samedi, 31 juillet 2010

Lettre à mon pays

 

Lu sur le blog de Venance Konan

http://venancekonan.com/aspx/author/kvenance/

iv_map_1__862877540.gifCe texte est de mon ami Issa Konaté qui vit à Londres. Si comme lui vous avez des coups de gueule, des coups de coeur, des coups de griffes, ou juste envie de vous exprimer, ce site est à votre disposition. Envoyez moi vos textes à mon adresse: venancekonan@yahoo.fr

Lettre à mon pays

 


 

Je ne sais pas à qui adresser cette lettre, ce témoignage. J’ai juste envie d’écrire et de me confier à mon pays, à mes frères, à mes sœurs, à tous et à toutes, à tous ceux qu vivent dans notre pays la Côte d’Ivoire, à tous ceux qui aiment notre pays.

Tout part en lambeaux, tout s’effondre, tout est à refaire ! Je me sens si mal ce jour. Un ami à moi vient de perdre son frère il y a à peine 10 jours, avant lui, un autre de ses frères, avant lui son père, mais son oncle aussi. Et aussi des centaines et des centaines d’anonymes, d’amis, pas seulement dans le Nord, mais dans l’Ouest, dans le Sud, dans l’Est, le Centre partout dans notre pays. Je ne sais pas de quoi ils souffraient. Je pourrais vous dire de vieillesse pour son père et son oncle dans une certaine mesure, mais les plus jeunes, je ne sais toujours pas. Personne ne sait ! Aucun diagnostique, des hôpitaux mouroirs, des médecins souvent corrompus et offrant leurs services et leur intelligence aux plus offrants et aux plus nantis de notre société. Il n’y a rien dans nos hôpitaux et je refuse de vivre dans le souvenir du passé ou avec nos parents nous allions dans les hôpitaux, voir un médecin pour ensuite récupérer gratuitement les médicaments prescrits dans les pharmacies gratuites de ces mêmes hôpitaux. Comme moi vous devez penser que cela doit remonter à plus de cent ans, mais non ! Rappelez vous que l’on parle de plus en plus de fêter le cinquantenaire de l’indépendance de notre pays. Il n’y a donc pas si longtemps ! Je ne ferai pas de procès d’intention, nous n’avons plus ce temps. C’est un appel que je voudrais lancer, en tant qu’Ivoirien. Je lance un appel à chaque Ivoirien, à chaque Ivoirienne de souche pure ou de souche multiséculaire ou de souche aussi lointaine que les eaux du Mississipi, à tous et à toutes nous avons un devoir envers notre pays. Prenez le temps de voyager à travers notre pays, de visiter des hôpitaux, les écoles ou hangars, les services publics ou privés ! Voyagez dans notre pays, allez à la rencontre les uns des autres, allez tous découvrir la face cachée de notre pays et laissez vous guider par votre amour pour ce pays. Dites moi comment vous vous sentez dans votre corps et dans votre âme de découvrir tout ce manque de solidarité, tous ces vols oui ces vols qui retirent à nos vaillants frères et sœurs, le minimum souvent vital. Allez voir ou regardez autour de vous comment se soigner est simplement un très grand luxe, regardez la prolifération des vendeurs ambulants de médicaments aux fortunes diverses qui n’est qu’un signe si probant du désespoir. Je voulais vous dire à tous,  à chaque frère et à chaque sœur, au delà de nos chapelles politiques, car je vous parle en mon nom simplement, que notre pays se meurt au sens figuré et au sens propre et avec ses citoyens ! Vous me direz que ce n’est pas l’apocalypse encore, je vous répondrai non mais cette danse macabre me préoccupe. Au Policier, au gendarme, aux agents de douane, multiples fonctionnaires ou aux agents des Forces de l’ordre qui pensent qu’il n’ont fait que prendre 1000F, souvent beaucoup plus ici et là et qu’ils ne font de mal à personne et que de toutes les façons ils ne sont pas pires que les autres, eh bien chaque fois que vous avez pris des sous qui ne vous étaient pas destinés, vous avez volé notre pays ! Vous avez empêché une femme à Ouragahio de s’acheter des médicaments, vous avez privé un jeune garçon à Ferké d’aller à l’école ou de s’acheter des fournitures, vous avez volé des ressources de votre pays qui pouvaient aider à Gohitafla, Toulépleu ou Kouto. En plus, s’il vous plaît arrêtez de nous narguer et de prétendre tout avoir sur un rythme de vie volée. A l’enseignant, au professeur occupé à accuser tantôt le parti au pouvoir, tantôt l’opposition de tous les maux mais qui passe son temps ailleurs que dans des salles de classe ou dans les amphis, qui donne des notes moyennant des pots de vins ou pots de fesses, qui prostitue sa connaissance intellectuelle au détriment des biens du mortel dans ce monde de vices et de tous les maux : Vous avez compromis l’avenir de notre école, de notre pays, vous avez triché sur le futur positionnement des cadres de notre pays contre vous-mêmes, vos enfants, ceux des autres de Tipadipa à Ouangolodougou. Vous avez peint un mur d’une mauvaise peinture et ce n’est qu’une question de temps avant que celle-ci ne s’efface. Vous avez volé aussi les ressources de votre pays. A ce Docteur ou Médecin anonyme, qui court vers la clinique et vient très peu à l’hôpital public, qui prend les rares médicaments qui existent pour lui-même ou sa famille ou sa clinique, pour les revendre, à vous qui pensez que cela n’est vraiment pas grave et qu’il y a bien pire, vous avez peut-être raison, mais il n’en demeure pas moins que vous avez volé notre pays et privé des centaines et des centaines de frères et sœurs à avoir accès à des soins, un droit universel. Pis encore, vous avez bien pu tuer ces anonymes en les privant de médicaments de première nécessité. Peut-être que vous ne vous ne souvenez pas du serment d’Hippocrate ou quelque chose dans ce genre, vous savez la promesse d’obéir à un cadre moral ou éthique que l’on vous fait faire avant de sortir médecin. Vous avez de ce fait trahi vos frères, sœurs et patients d’Agnibilékro à Daoukro, sans oublier Lakota, Divo ou Zouan-Hounien. Ah j’oubliais même le petit village de Zélé de Papara, au fin fond du Nord. Que son âme repose en paix.

Au journaliste, au journaliste-militant, au journaliste formé à grands frais par notre Etat,  notre pays. Chaque fois que vous avez orienté un article, fait des commentaires mensongers pour des sommes qui d’ailleurs ne peuvent ni assurer votre survie, encore moins vous tirer du lot, vous avez trompé notre peuple, vous l’avez induit en erreur, vous avez amené des gens à s’entretuer et vous ne faites pas honneur à notre pays. Vous avez abusé de notre confiance en vous, et vous volez nos ressources pour motiver votre plume pleine de haine. Une partie de la haine que vous pouvez constater sur certains visages autour de vous à Sinématiali, San Pédro, Bouaké, Tiassalé ou Zikisso ou Abidjan est bien le fruit de votre art. Honte à vous !

A l’élève, Etudiant qui a chassé un frère ou une sœur d’une chambre pour de l’argent qui d’ailleurs ne devait en aucun cas lui revenir, à vous qui tuez les autres pour leur manière de penser, vous qui volez l’électricité de notre pays pour les revendre dans les kiosques autour des habitations ou Cité universitaires,  vous qui vous êtes organisés en mafia locale, vous êtes en train de priver les uns et les autres de l’instruction si nécessaire pour notre développement ! Vous volez nos ressources et vous empêchez la construction d’autres écoles et universités. Vous tuez des étudiants peut être si brillants que notre pays en sortirait démembré.

Au Député, ministre, et leurs collaborateurs ! Chaque fois que vous avez pris des pots de vins, peu importe le secteur d’activité, vous vous avez à travers ce vol, contribué à augmenter le niveau de vie dans notre pays, vous avez privé des millions d’anonymes à une vie meilleure, vous les avez privés de médicaments, d’écoles, d’eau potable, d’électricité, d’éducation, de bourses d’études, de voies et de voix. Vous les avez trahis, en les destinant à une mort certaine lente, ou rapide mais bien pénible. Vous avez décidé à vous seuls qu’ils n’avaient aucun droit, mais que des devoirs. Vous leur avez pris la seule chose qui pouvait alimenter une vie quand rien ne va plus : l’espoir.

Aux Dirigeants actuels de notre pays : Nous sommes des hommes, et des femmes de notre pays ! Vous n’avez pas besoin de nous connaître pour nous respecter, vous dites détenir le pouvoir de nous et pourtant vous ne savez même pas que nous existons. Votre monde feutré se limite à vous et à votre entourage, à vos conquêtes féminines pour certains ou masculines même pour d’autres, je voulais juste que vous sachiez que derrière votre belle maison, il y a une petite école primaire sans ampoule, sans eau courante et oh par là, juste à droite il y a un hôpital ou les aspirines sont un luxe. Le voisin de l’époque n’a plus de toilettes et il ne travaille pas. En plus des délestages, il y a la misère collective, la chose la mieux partagée en Afrique. Les gens meurent, de faim, de maladie les plus bénignes et vous êtes très occupés à nous « diriger », à nous tuer, à nous priver de notre voix ! Je voulais aussi vous rappeler que nous attendons des élections et merci de ne pas nous refuser notre droit. De Bassam à Abengourou ou Danané, dans cette superficie d’un peu plus de 322000 Km², les Ivoiriens, sont malades, ils ont faim, soifs et ne peuvent pas subvenir aux besoins les plus élémentaires et que répondez vous ?

A l’Ivoirien, à l’Ivoirienne, on est ensemble mais chacun a contribué et chacun contribue à sa manière à tuer notre pays, à le voler et à penser que les uns sont pires que les autres.  A celui qui, parce que sa catégorie ou son groupe n’a pas retenu mon attention ici et qui sait bien ce qu’il fait, ou vole, nous vous tenons à l’œil !  Vous qui me lisez, vous qui pensez à tous ces échecs, gâchis ou manque de volonté, il nous faut aider notre pays comme nous le pouvons en créant des associations, des groupes d’anciens élèves et travailler ensemble pour apporter toute notre modeste aide à nos compatriotes pris en otage et qui meurent chaque jour dans l’indifférence totale. Que chacun prenne ses responsabilités pour aider autant qu’il peut en attendant un gouvernement digne de ce nom. Pour les autres, je voulais tout juste vous dire d’arrêter de nous emmerder. Gbê est mieux que Drap !

Issiaka Konaté, Londres

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