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vendredi, 07 mai 2010

Paulin G. Djité :Regard extérieur sur la Refondation

Fête de la Liberté 2010 Regard extérieur sur la Refondation par Paulin G. Djité

Par Paulin G. Djité

(…)

Je suis honoré d’être parmi vous en ce jour d’appréciation objective de vos actions politiques, un jour d’introspection et de questionnement. Le thème qui nous réunit aujourd’hui porte sur le « Regard extérieur sur la Refondation ».

1. Remarques introductives:

Jusqu’à ce jour, notre regard extérieur sur la refondation a été limité à des interventions auprès de différentes institutions étrangères et à des échanges épistolaires avec des leaders d’opinion ou des acteurs politiques sur le terrain. Pour vous qui êtes engagés dans le feu quotidien de l’action, il s’agit d’un regard souvent méprisé, perçu au pire comme un irritant, ou au mieux comme une perte de temps; un regard d’autant plus lointain et distant qu’il venait des États-Unis ou des Antipodes.


 Certains d’entre vous le percevront encore ainsi aujourd’hui. Et personne ne saurait leur en tenir rigueur. A l’étranger, nous avons le grand désavantage de ne pas vivre sur place et ne pouvons que revendiquer de souffrir dans le cœur et dans l’esprit ce que vous souffrez dans la chair.

Tous ceux qui ne partagent pas notre avis se sont souvent réfugiés derrière le prétexte de la distance. Mais la distance a l’avantage de ne pas vous exposer au quotidien de la souffrance et de vous enfoncer au fond de la caverne des chaînes des réalités nues (Platon, Livre VII de la République), dont émanent souvent le parti pris, la passion, l’émoi, la rancune et la méchanceté. La distance permet de se dissocier, ne serait-ce qu’un instant, de la cruelle réalité, de juger et de jauger la perspicacité de ses actes et de ses paroles. Dès lors, la distance ne disqualifie pas l’Ivoirien de la diaspora et ne l’interdit pas de se prononcer sur la situation de son pays; elle ne rend pas les uns moins Ivoiriens que les autres. En outre, distance n’est pas synonyme d’éloignement. L’Ivoirien engagé de la diaspora refuse « l’éloignement » et choisit non pas nécessairement le parti pris, mais le parti de « l’homme qui interroge » (Fanon, 1952). Notre regard extérieur sur la Refondation est aussi celui que nous avons formé au fur et à mesure, au fil des discussions et des échanges avec des amis de la Côte d’Ivoire. Il ne se targue pas d’être la seule et unique vérité dans l’analyse de la situation complexe qu’est celle de notre pays. Cependant, honni soit qui mal y pense, parce que la Côte d’Ivoire de demain ne sera pas faite de bâillonnement. Retenez donc que ce regard extérieur est celui de vos frères et sœurs et de vos amis qui ne cherchent pas à préserver leur neutralité au cœur de la crise que connaît notre pays. La vraie mesure de l’homme ne réside pas dans les moments de certitude, d’assurance et de convenance, mais dans les moments difficiles de controverse (Martin Luther King, Jr.). En effet, quand viendra le temps de dresser l’état des lieux, vous ne vous souviendrez peut-être pas des invectives de vos ennemis, mais vous vous souviendrez [sans doute] du silence de vos amis (Martin Luther King, Jr.). C’est en cela que, venant de l’extérieur, il nous incombe un devoir de lucidité et d’objectivité. Il ne s’agit pas de s’approprier le débat sur la crise nationale et de penser qu’à force de crier plus haut et plus fort que les autres, on finira par le monopoliser; monopoliser le débat ne veut pas dire le maîtriser. La raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure …

Vous posez, dans le, cadre du thème de cette réflexion, un certain nombre de questions fondamentales ; à savoir:

2. Question N° 1 : Le Fpi a-t-il payé le prix de la liberté?

Une relecture du programme de gouvernement du Fpi, diffusé sous le nom de « Refondation », révèle la répartition suivante dans l’utilisation du mot « liberté» dans les différents chapitres :

1. Refondation politique

2. Refondation sociale

3. Refondation économique

4. Refondation du système de défense et de sécurité

5. Refondation culturelle

De quelle « liberté » s’agit-il? Serions-nous entrain de présumer que l’ascendance de la Refondation au pouvoir d’État équivaut à l’avènement de la « liberté » au sens strict du terme? La « liberté » était-elle un des principaux objectifs de la Refondation ? Le serait-elle devenue de façon accidentelle?

Il est utile de se poser ces questions, parce qu’il y a ceux qui se souviennent encore des « discours guerriers », on dirait même des « discours de suffisance », sinon des « discours naïfs et sans humilité » de la part de certains Refondateurs, avant et au sommet de la crise sociopolitique, mettant l’intégrité territoriale de ce pays en péril, au point de susciter la menace à peine voilée du ministre de la sécurité d’un pays voisin (Exaspéré par ces discours, le ministre Burkinabé de la sécurité avait alors déclaré:  » Je vais faire démanteler votre petit réseau d’information »). Il y a également ceux qui souviennent du reflexe systématique de justification, sans remise en cause, sans humilité et avec mauvaise foi une fois la crise sociopolitique survenue. Etait-il nécessaire de donner de la voix, au mépris de la sécurité et de la « liberté » des Ivoiriens? Qui veut préserver sa liberté ne la met pas inutilement en péril.
Il semble cependant que la « liberté » à laquelle il est fait allusion dans la question posée ci-dessus (« Le Fpi a-t-il payé le prix de la liberté? ») ne correspond pas à l’acception de la liberté qui ressort du programme de refondation du Fpi. Dans ce programme, le Fpi parle de la liberté au sens des droits de l’homme et du renforcement de l’État de droit. Même si, selon les circonstances, les deux acceptions peuvent se chevaucher, -il est clair qu’un pays maître de son destin est mieux à même d’assurer les droits fondamentaux de ses citoyens – il ne faut pas les confondre. Peut-on donc dire aujourd’hui que le Fpi a contribué au renforcement de l’État de droit et des droits de l’homme en Côte d’Ivoire?
Le regard de ceux qui vous connaissent peu, et surtout de ceux qui disent vous connaître, vous soupçonnent d’entraver la liberté de tous les Ivoiriens en essayant d’hypothéquer le pouvoir.
Votre argumentaire est sans doute que vous voulez des élections propres ; ce qui se comprend au vu de certaines velléités manifestes de fausser le jeu démocratique. Mais y a-t-il jamais des élections propres en Afrique ou ailleurs ?
Cela dit, telle n’est pas la question à laquelle nous sommes invités à répondre. La question que vous posez se rapporte plutôt au « prix» de la liberté, c’est-à-dire, de la libération politique et économique et la conquête de la vraie indépendance. La réponse, dans ce cas, est simple:

a)au niveau national
Le Fpi paie le prix de sa relative inexpérience à l’exercice du pouvoir d’État, pour n’avoir participé à aucun gouvernement avant son accession au pouvoir. En outre, le Fpi paie le prix des turpitudes politiques de ses prédécesseurs, pour n’avoir pas pris la pleine mesure des effets néfastes de la soi-disant « Ivoirité », et pour avoir failli de se démarquer du faux nationalisme né de cette idéologie qui a profondément affectée la cohésion nationale.

b) au niveau international
Le Fpi et la Côte d’Ivoire ont payé, paient et continueront de payer le prix de la volonté des Refondateurs de rompre les liens de dépendance économique et politique de ce pays, par rapport à l’ancienne métropole. En voulant imprimer un nouveau cours au destin de la Côte d’Ivoire, les Refondateurs se sont attirés le courroux de l’ancien colonisateur. Ailleurs, ils restent incompris, faute de communication.

3. Question n° 2 : quelles ont été les insuffisances, les lacunes, les défaillances du Fpi ?

Les seules insuffisances, lacunes ou défaillances qu’admettra le Refondateur pur sang et ses sympathisants se résument au dédouanement suivant : Le Fpi avait un projet de société; mais le coup d’État manqué de 2002, qui s’est mué en rébellion, encouragée par l’opposition et l’ancien colonisateur, qui ont cru y voir un excellent moyen de nuire ou de se débarrasser du nouveau régime, ont bloqué les projet de libération politique et économiques de la Côte d’Ivoire nouvelle.

A l’appui de cet argumentaire, le Refondateur montrera d’un doigt accusateur les agissements négatifs et négationnistes d’une opposition composée de ceux qui ont perdu le pouvoir après 40 ans de prébendes et de ceux qui y aspirent depuis quelques années. Il montrera également du doigt l’ancien colonisateur, échaudé par un réel risque de marginalisation dans les projets de diversification des partenaires économiques pour les grands projets de développement et qui, depuis le déclenchement de la rébellion, ne ménage aucun effort de nuisance maximale. Et, pour illustrer cette volonté de nuisance, il citera, pêle-mêle:

(1) l’imposition d’un règlement de la crise ivoirienne à Linas-Marcoussis,

(2) la manipulation du Conseil de sécurité de l’Onu en vue de paralyser les initiatives du gouvernement ivoirien,

(3) les manœuvres de division artificielle du territoire ivoirien sur des bases ethniques et/ou religieuses,

(4) le battage médiatique au niveau international envers et contre les autorités ivoiriennes,

(5) la nouvelle tentative de coup d’Etat de novembre 2004,

(6) l’assassinat de citoyens ivoiriens sur l’esplanade de l’hôtel Ivoire,

(7) la destruction de la flotte aérienne militaire de la Côte d’Ivoire à Yamoussoukro et Abidjan, et bien d’autres manœuvres en main souterraine, attentatoires à la souveraineté de la Côte d’Ivoire, qui ont vu le déclenchement de nouvelles manifestions en janvier et février 2010.

Mais nous n’avons là qu’une version de la réalité. Quels sont les faits, et quel est le constat du regard extérieur? Parce que des insuffisances, des lacunes et des défaillances, il en existe bien. Il suffit, pour s’en convaincre, de se pencher sur cette autre question qui participe du cadre de votre réflexion:

4. Question n° 3 : Le Fpi a-t-il causé des souffrances au peuple de Côte d’Ivoire, ou a-t-il semé l’espoir ?

On ne peut, d’une main, cacher la face ardente du soleil. Le regard extérieur croit fermement que les souffrances du peuple de Côte d’Ivoire sont dues à l’existence des conflits ethniques et religieux. Qu’en est-il dans la réalité? Que fait le Fpi pour dissiper les soupçons et expliquer la réalité sur le terrain ? Le Fpi affectionnerait-il en secret ces schémas? Le constat du regard extérieur est que, plus vous vous précipitez dans les institutions de la foi, moins vous êtes conciliateurs et tolérants. Comment un peuple devenu si pieux peut être si violent? Existe-t-il un Dieu pour les Refondateurs différent de celui de leurs adversaires politiques ?

Les faits de ce blasphème sont implacables et indéniables:

(1) il existe, de fait, une division Nord/Sud,

(2) le peuple de Côte d’Ivoire, et non les dirigeants du Fpi, s’appauvrit,

(3) le peuple de Côte d’Ivoire, et non les dirigeants de l’opposition ou de la rébellion, souffre,

(4) le peuple de Côte d’Ivoire, et non l’ancien colonisateur, continue sa descente aux enfers.

N’ayant confié son destin ni à l’opposition, ni à la rébellion, ni à l’ancien colonisateur, quand viendra le moment de rendre des comptes, le peuple de Côte d’Ivoire se tournera vers la Refondation et, en toute légitimité, l’interrogera sur :

(1) son manque de vigilance; par exemple:

(a) Comment n’avoir pas prévu l’antagonisme et la frustration de l’ancien colonisateur?
(b) Comment n’avoir pas prévu la tentative de coup d’Etat?
(2) son manque de préparation et d’efficacité; par exemple:
(a) la conduite désastreuse de la guerre.

Le peuple de Côte d’Ivoire sera justifié d’interroger la Refondation sur :
(3) l’imitation de l’autoritarisme et des travers des régimes qui l’ont précédé,
(4) l’enrichissement illicite et l’arrogance de ses cadres, et
(5) la paralysie presque constante aux plans politique et économique.

Tel est le constat que font aujourd’hui ceux qui vous observent de l’extérieur, qui voudraient tant vous comprendre, mais que vous décevez chaque jour un peu plus par votre instinct de thanatos.

En effet, quand, ailleurs, on met la fortune et l’expérience acquises à la sueur de son front au service du peuple, ici, même sous la Refondation, la quasi-totalité des politiciens s’enrichissent au prix et au détriment de la sueur et du sang du peuple. Chacun pense que son tour est venu de se servir ; et le clientélisme s’alimente et se renouvelle de plus belle, et le poisson continue de pourrir par le ventre. Sinon, pourquoi le peuple de Côte d’Ivoire a-t-il plus faim aujourd’hui qu’hier? Pourquoi existe-t-il cette fracture nationale latente qui ne semble toujours pas être une priorité pour certains ? Pourquoi les fils et les filles de ce pays continuent de se regarder en chiens de faïence ? Pensez-vous, comme vos prédécesseurs, qu’il ne s’agit là que de « frustrations artificielles »? Ou bien serait-ce là les nouveaux « Chemins de votre vie » ?

Aussi, quand vous vous demandez si c’est le Fpi qui a causé des souffrances au peuple de Côte d’Ivoire, le regard extérieur vous répond que vous ne posez pas la bonne question. Le seul constat qui compte, c’est que le peuple de Côte d’Ivoire souffre, et que vous avez accédé au pouvoir en promettant de le sortir de la souffrance. Les insuffisances et les défaillances sont donc les vôtres en premier chef, et il ne sert à rien de vouloir déplacer la question sur le terrain glissant de l’intellectualisme. Toutes les excuses sont bonnes pour expliquer l’échec.
Mais suffira-t-il de justifier l’échec? Et si la crise sociopolitique était une aubaine permettant aux Refondateurs de cacher leurs faiblesses réelles et leur inexpérience à l’exercice du pouvoir? Par contre, les questions de fond sont celles de savoir si le Fpi est sincère, s’il a la volonté de refonder, non seulement dans le discours, mais dans les actes, et s’il a la capacité de fédérer.

(…)

La société est à l’image de ses dirigeants et ne vaut que le traitement que ceux-ci lui accordent. Toute société dans laquelle les dirigeants négligent les domaines affectant directement les citoyens les plus vulnérables, tels que l’éducation, la santé, et l’emploi, finit par faire les frais de sa négligence et de son inaction. II en est ainsi pour l’éducation, un secteur dans lequel les conditions de travail des enseignants, des élèves et des étudiants se sont détériorées depuis des années et continuent de l’être sous un pouvoir dirigé par des enseignants. II s’agit là d’une défaillance flagrante et grave; car il est ahurissant d’apprendre que les étudiants de l’université de Cocody viennent à peine de boucler l’année universitaire 2008, et que c’est seulement maintenant qu’ils vont entamer l’année universitaire 2009-2010. Les enseignants seraient occupés à faire de la politique … et ils invitent les élèves et les étudiants à venir battre le pavé pour eux. Les élèves et les étudiants sont endoctrinés, instrumentalisés et armés pour servir de bétail de manifestations de rues et pour terroriser le reste de la population en détruisant et en brûlant les symboles de l’État. Parce que, bien sûr, l’État ce n’est pas moi. L’État, c’est l’adversaire politique ; et détruire les symboles de l’État, c’est détruire l’adversaire politique. Et tout le monde s’y met à cœur joie, par jeunesse interposée. Une jeunesse qui se rêve une destinée politique et qui n’hésite pas à vouloir se l’approprier par la violence gratuite. Mais à quel futur se destine un pays dont les dirigeants politiques seraient issus d’une telle culture d’obscurantisme et d’à peu près? Voilà la question à laquelle le regard extérieur souhaiterait que vous puissiez répondre.

En effet, ce qui intrigue ceux qui connaissent un peu notre pays, c’est votre pratique ancienne de recruter et d’ériger des «jeunes patriotes » en 4ème pouvoir de la République. L’histoire nous enseigne que les « chemises noires », les « SA » et les « gardes rouges », tous des « jeunes patriotes », n’ont jamais conduit à la liberté. Au contraire, les chemises rouges et jaunes qui se succèdent dans les rues de Bangkok, ceux-ci pour Thaksin Shinawatra et ceux-là pour le Premier ministre Abhisit Vejjajiva, les uns clamant être plus démocrates que les autres, sont loin d’avancer la cause de la démocratie en Thaïlande.

Le regard extérieur est donc d’avis que les souffrances du peuple de Côte d’Ivoire sont dues à une mauvaise appréciation de la démocratie. Plutôt qu’une démocratie, Platon vous dirait que la vôtre est, à quelques exceptions près, le modèle précurseur de la cour du roi Peteau, une cour dans laquelle tout le monde, des dirigeants politiques aux journalistes et aux loubards, se laisse aller à l’épithète et à l’invective, au vitriol facile et à la vengeance. Vous passez presque tout votre temps à vous insulter gratuitement, à faire des calculs mesquins, alors que l’essentiel : le peuple de Côte d’Ivoire, reste en souffrance.
Le peuple de Côte d’Ivoire fait donc les frais de la négligence de son capital humain. Si le Fpi a semé l’espoir, il ne peut se disculper de n’avoir pas su faire en sorte que tous les Ivoiriens puissent en jouir. Vos prédécesseurs et vos adversaires politiques auront beau jeu de dire qu’ils ne sont pas aux affaires, ils ne peuvent s’en disculper eux non plus.

II est temps d’apaiser les cœurs, de désarmer tous les gros bras et «d’être rebelle à toute vanité [...] et de se ceindre les reins comme [de] vaillants hommes » (Césaire, 1956). La vraie victoire est celle qui force le respect de l’adversaire et non celle qui entretient la peur de la rétribution sauvage. Avoir peur de quelqu’un, ce n’est pas l’aimer, ce n’est pas le respecter. Le Fpi souhaite-t-il que les Ivoiriens continuent de vivre dans la peur?
Le regard extérieur suggère que la Refondation fasse preuve de hauteur d’esprit, de patience, de tolérance, de vision, de sagesse et de MAGNANIMITÉ. Car ce que vous voulez, comme dirait encore Césaire (1956), « c’est pour la faim universelle, pour la soif universelle ». Car l’adversité politique n’exclut pas la civilité. Respecter l’adversaire politique, c’est se respecter soi-même ; l’enfermer dans la plus étroite appartenance et le mettre le dos au mur, c’est prendre un risque démesuré sur sa propre sécurité. Etre libre, comme l’explique Nelson Mandela, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes; c’est respecter et renforcer la liberté de l’Autre, fut-il l’adversaire politique. Personne, même l’ennemi politique le plus farouche, ne mérite d’être méprisé et ne peut vous conduire à la rancune et à la haine, sources de paralysie et de confusion, destructrices des valeurs humaines et des droits de l’Homme.

La Refondation, au contraire de ses adversaires politiques, et sans attendre que ceux-ci en fassent de même, doit s’attacher à montrer les nouveaux chemins de notre destin commun. Elle doit s’efforcer de prendre du recul et se hisser au dessus de la caverne de l’ignorance pour instiller un sens réel de maturité et de sagesse, une capacité de fédération dont cette Nation a aujourd’hui le plus besoin. Ceci nous amène à la dernière question de votre cadre de réflexion.

5. Question n° 4 : que doit faire le Fpi pour que, dans 50 ans, l’assurance d’une Côte d’Ivoire libre soit réelle?

Refonder et fédérer, à long terme, exige une appréciation de nos forces et de nos faiblesses. La Côte d’Ivoire a des atouts considérables, notamment au plan économique, qui en font un acteur incontournable dans la sous-région. Elle dispose également de cadres, tant à l’intérieur que dans la diaspora. Elle devra mobiliser ces ressources économiques et humaines au service de son développement. Et sa capacité à réconcilier les Ivoiriens avec eux-mêmes sera fondamentale à la réussite de cette tâche.

Toutefois, la réalisation de cet objectif exige un travail soutenu de communication aux niveaux national et international. La vision nationale de la Refondation en ce qui concerne la restructuration de l’État et de la Nation néglige le rôle fondamental de nos langues nationales, et tout particulièrement de linguae francae, telles que le dioula ou le baoulé, en tant que vecteurs de messages subliminaux. L’élite politique s’attache à ne s’exprimer qu’en français (nous en sommes aujourd’hui coupables !), comme si tous nos concitoyens comprenaient vraiment ce dont nous parlons dans cette langue. Fédérer, ce sera aussi accorder à chacun et à tous le droit à une communication ouverte et sans faux fuyants, une communication qui va droit au cœur et se dissocie du journalisme de désinformation et des épithètes d’une presse partisane et franchement médiocre (…)

6. En guise de conclusion

Une fois la crise actuelle réglée, rien ne sera plus comme avant en Côte d’Ivoire, quelque soit le parti au pouvoir. Voilà un acquis à mettre au compte de la Refondation. Cela dit, les défis auxquels la Côte d’Ivoire est confrontée restent nombreux et multiformes, et le pays est à la croisée des chemins. Il est important que la Refondation commence à s’atteler à ces défis dans un certain ordre de priorité, qu’elle le fasse non seulement avec détermination, mais avec méthode. À trop vouloir étaler et disperser son énergie, on finit par s’essouffler. Plutôt que de se taper la poitrine en harangueur revanchard des foules et prêcher à sa propre chapelle, il faut bâtir sa force de frappe pour parler avec autorité. La Refondation devra apprendre à imposer silence et mutisme à ses accès de sa vanité. C’est dans le silence calculateur, plutôt que dans les apostrophes et les épithètes de l’invective, que l’on trouve les solutions qui gagnent. Etre trop confiant est la recette de l’échec.

Mesdames et Messieurs, Mes chers compatriotes,

Vous m’avez demandé de vous offrir un regard extérieur sur la Refondation, un regard neutre. Est-il vraiment possible de porter un regard neutre sur son propre pays ? Comme vous pouvez le constater, j’ai tout simplement choisi, non pas le parti pris, mais le parti de « l’homme qui interroge» (Fanon, 1952).

Je vous remercie.
Paulin G. Djité, M.Sc., Ph.D. (Georgetown U., Usa), Naati III (Australie)

Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques (France) Certificat du Mérite Olympique (CIO)

Médaille d’Or de la Jeunesse et du Sport (France) Prix Olympique du Brésil (Rio 2016)

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