topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

jeudi, 29 avril 2010

Abidjan : “Il faut un tribunal anticorruption en Côte d’Ivoire”

cacao.jpgFareed Jaunbocus (consultant international) : “Il faut un tribunal anticorruption en Côte d’Ivoire”

La Côte d’Ivoire peut s’inspirer de l’exemple de l’île Maurice pour se mettre sur la voie du développement. Fareed Jaunbocus, consultant international mauricien, a profité de l’atelier sur «Côte d’Ivoire 2040 », initié depuis lundi à Yamoussoukro, par le patronat ivoirien pour lancer un appel aux dirigeants du pays.



La Côte d’Ivoire veut s’inspirer du modèle économique mauricien pour bâtir un développement durable. Qu’est-ce qui fait la force de ce modèle ?

Il y a beaucoup de choses sur lesquelles la Côte d’Ivoire peut s’inspirer parce que c’est un pays qui a d’énormes ressources contrairement à l’île Maurice, où nous n’avons rien. Nous n’avons pas de ressources naturelles, ni de pétrole ni de gisement. Nous avons tout ce qu’il faut pour ne pas réussir. Nous sommes loin des grandes métropoles, nous sommes un petit pays. Malgré ces faiblesses, l’île Maurice est un pays qui réussit parce que la seule ressource dont nous pouvons dire que nous détenons, ce sont les hommes. La stratégie de l’île de Maurice est basée sur un investissement extraordinaire dans les ressources humaines. Cet investissement se fait d’abord par une école qui est gratuite du primaire jusqu’au tertiaire. Donc, tout le monde a la possibilité d’aller à l’école, d’avoir une éducation parce que c’est la clé du développement. La deuxième chose que nous avons et qui est intéressante, c’est un service médical gratuit à tous les niveaux. Vous pouvez passer deux ans dans un hôpital avec 50.000 examens, c’est gratuit. C’est surtout pour s’assurer que nous avons une ressource humaine en bonne santé et qui soit performante en termes de compétences. C’est la seule chose qui nous permet d’atteindre le niveau que nous avons et de réussir notre développement. Nous sommes parmi les mieux classés en matière de doeing business et nous facilitons tout ce qu’il faut pour attirer les investissements.


L’on met en relief dans ce modèle la zone franche qu’il a mise en place. Est-ce que cela a été un facteur déterminant dans le progrès que vous connaissez?

La zone franche est une infime partie de ce développement. Elle était là et au bon moment. C’est-à-dire qu’on avait le secteur agricole déjà et c’est le gouvernement des années 1975-1980 qui a décidé de créer une zone franche. C’était une notion géographique, elle était autour du port. On avait dit aux entreprises qui allaient s’installer autour du port dans le secteur manufacturier et textile qu’elles pouvaient bénéficier de tarifs douaniers. Nous l’avons fait dans la mouvance que Hong-Kong allait revenir à la Chine et il y avait des investisseurs hong-kongais qui avaient peur de cette réalité et ils voulaient délocaliser. Donc, on les a attirés. On a reçu de nombreux investisseurs parmi ceux-ci et on a développé notre zone franche. La zone franche qui était une notion géographique autour du port, est aujourd’hui une notion légale. C’est-à-dire que vous vous installez n’importe où à Maurice, vous avez exactement les mêmes facilités douanières. C’est tout cela qui a contribué à nous faire progresser. Nous sommes dans un monde très compétitif, donc il fallait voir autre chose après la zone franche. On n’a pas le coton et on importe cette culture sur le marché mondial. Cependant, on est quand même premier exportateur de beaucoup de produits en matière de textile. C’est le résultat de notre vision. Les dirigeants ivoiriens peuvent, eux-aussi, avoir une vision.


Cette vision doit prendre en compte quels facteurs ?

Aujourd’hui, nous sommes dans un monde de plus en plus global, de plus en plus intégré. Mais est-ce que la Côte d’Ivoire voudra s’ouvrir davantage à ce monde pour que cette Côte d’Ivoire de demain soit le moteur du développement, le grenier alimentaire et un centre financier régional. C’est tout cela qui va constituer un peu votre vision. A cet effet, dirigeants et secteur privé doivent se mettre ensemble pour décliner cette vision du futur et trouver le plan d’action approprié par rapport à vos réalités pour pouvoir la réaliser. Il faut mettre en place des structures, des partenariats, des collaborations entre secteur public et secteur privé. Il faut être réaliste, le public ne peut pas réussir sans le privé. Idem pour le privé. Je suis très heureux d’avoir entendu le ministre de l’Industrie dire que le secteur privé reste le moteur du développement. Mais, il faut accroître les partenariats.


Cela ne sous-entend-il pas que les dirigeants du pays doivent avoir certaines qualités?

Les qualités sont multiples. La Côte d’Ivoire ne peut pas rester que francophone. Il faut que vous soyez multilingue. Parce que dans le monde moderne, il faut avoir plusieurs acteurs en face. Il faut être futuriste, être un stratège et maîtriser la technologie informatique et les autres technologies et surtout la nanotechnologie qui va venir. Il faut avoir beaucoup plus de compétences que vous en avez maintenant. Chacun peut se construire sa compétence de demain. Les dirigeants doivent être des penseurs qui peuvent positionner la Côte d’Ivoire par rapport à la région et par rapport à la mondialisation. Des hommes qui puissent prendre l’avantage des opportunités qui se présentent.


La Côte d’Ivoire est minée par des maux tels que la corruption à grande échelle. Comment peut-on mettre fin à ces dérives?

Je ne connais pas trop la dimension du cas ivoirien. Mais ce que je puis dire c’est qu’il faut mettre en place des structures pour nettoyer tout ça. Chez nous à Maurice, on a mis en place un tribunal anticorruption qui a plein pouvoir. N’importe qui peut le saisir. On peut faire la même chose ici. Je pense qu’avant tout, il faut une volonté politique.


jeudi 29 avril 2010 - Par Nord-Sud
Entretien réalisé par Cissé Cheick Ely, envoyé spécial à Yamoussoukro

 

 

Les commentaires sont fermés.