topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

jeudi, 25 février 2010

Politiquement incorrect Et alors ?

lundi 8 février 2010 par Venance Konan,
Ecrivain journaliste. 
  
  
   
Le vendredi dernier une amie très chère m’a appelé de Bouaké pour  me dire qu’il n’y avait plus d’électricité dans la ville depuis 30 heures. L’eau aussi venait d’être  coupée et on ne pouvait plus utiliser les téléphones  cellulaires. Malgré toute l’amitié que j’ai pour cette  dame, j’ai eu envie de lui dire « et alors ? » 


  
  Oui, Catherine,
 on a coupé l’électricité et l’eau à Bouaké, et  alors ? Qui veux-tu que cela dérange dans ce pays ?
 Souviens-toi, en novembre 2004, on a coupé l’eau,  l’électricité et le téléphone dans tout le nord du  pays pendant plusieurs semaines. Cela avait commencé le  jour de nos bombardements sur la zone rebelle. Les  bombardements ont duré trois jours. Mais l’eau,  l’électricité et le téléphone sont restés coupés  pendant des semaines. Qui s’en est offusqué ? Qui s’est  plaint ? Ces bombes avaient d’ailleurs tué plusieurs
 autres personnes en dehors des soldats français et de  l’Américain. Qui a parlé de ces personnes ? 
   
En mars 2004,  on a tué au moins 120 personnes à Abidjan à l’occasion  d’une marche projetée par l’opposition. Qui parle de  ces morts ? Qui a porté plainte contre ce massacre ? Même  l’opposition dont ils étaient des militants, l’as-tu  entendue ? L’as-tu entendue menacer, ne serait- ce que  pour la forme, de se retirer du gouvernement en signe de   protestation contre ce massacre ? Nous serons bientôt en  mars. Tu verras si une seule personne de cette opposition   ira déposer ne serait-ce qu’une simple fleur sur la tombe  de l’une de ces victimes, ou appellera à une minute de  silence, juste une seule minute, en leur mémoire. 
  
Tu verras,  Catherine, tu verras. Souviens-toi encore, il y a deux ans,  une grenade avait déchiqueté neuf enfants le jour de  l’an à Bondoukou. Plusieurs autres avaient été  grièvement blessés. C’était pendant la période où un  bâtiment avait pris feu à la RTI. Toute la Côte  d’Ivoire avait défilé à la télévision pour pleurer  sur le bâtiment en partie seulement endommagé. Il y a eu  les évêques, les imams, les partis politiques, les  syndicats, les chômeurs, les transporteurs, les  prostituées, tout le monde. Qui as-tu vu verser une larme
 ou aller apporter un peu de compassion aux familles des  enfants tués, et aux blessés ? Aucun évêque, aucun imam,  aucun pasteur. Il a fallu plus d’un mois avant que la  ministre Peuhmond ne daigne aller rendre visite aux  blessés. 
   
Que vaut une  vie humaine dans ce pays ? Qui s’est d’ailleurs > préoccupé de savoir d’où était venue cette grenade ?
 Sous nos yeux, ici, des gens de la FESCI ont tué le jeune  Habib Dodo et sauvagement violé une jeune fille sur le  campus, des gardes républicains ont tués un certain > Badolo. Cela fait des années que je m’égosille pour  demander justice pour tous ces gens que je ne connais ni  d’Eve ni d’Adam. As-tu entendu une seule voix me  répondre ? As-tu compté tous les morts qu’il y a eu dans  ce pays depuis 2002 ? Qui pense à eux ? Qui pense à ceux > que les rebelles ont sauvagement tués à Bouaké, les  gendarmes et leurs enfants assassinés, Marcellin Yacé, les  gens que Fofié a enfermés dans des containers, ceux que  les escadrons de la mort ont tués, qui pense à eux ? On a
  coupé l’électricité et l’eau à Bouaké, à Ouellé,  à Niakara, et  alors ?
   Tout comme cette guerre de 2002 dont nous avions été > prévenus plusieurs mois à l’avance, les responsables de  la CIE et de la SODECI nous avaient avertis depuis plusieurs > mois que nous risquions d’avoir des problèmes  d’approvisionnement en électricité et en eau. Qui  s’est-il senti concerné par cela ? 
    
  De nos  gouvernants à nous-mêmes, toi et moi compris, qui s’est  senti concerné ? Ceux qui ont les moyens de s’offrir des  groupes électrogènes l’on déjà fait. Le reste de la  population ? Il n’a qu’à avoir les moyens de  s’acheter des groupes électrogènes, c’est tout ! Si la
  population ivoirienne n’a pas encore compris que son sort  laisse tout le monde totalement indifférent, eh bien, tant  pis pour elle ! La Sir et Gestoci nous ont déjà dit  qu’on risque de ne plus avoir de carburant. Et alors ? Qui  voulez-vous que cela dérange ? Vous croyez qu’on n’a  rien d’autre à faire ? 
     
  Depuis des  années nos marchés, magasins, administrations, maisons, et  plantations brûlent les uns après les autres. Tout le  monde en connaît les raisons : branchements électriques  anarchiques, bouches d’incendies obstrués par les  magasins, malveillance, mais qui cela préoccupe-t-il ?
 Bernabé est parti en fumée ? Le « black market » aussi ?  Et alors ? Avant eux ce fut Orca, les marchés de Cocody, de  Treichville, de Yamoussoukro...La vie n’a-t-elle pas  continué ? 
   
Tu le sais  bien, Catherine, la seule chose qui nous intéresse est  qu’aucun Burkinabé ne s’inscrive sur notre liste  électorale. Pour ça, oui, nous sommes prêts à descendre  dans la rue, hurler notre colère, sortir nos machettes et  gourdins. Pour tout le reste, on s’en fout complètement.
 Le pays peut brûler comme c’est le cas en ce moment, on  peut vivre dans l’obscurité, sans eau courante, sans rien  à manger, on peut augmenter tous les prix comme on veut, on  peut nous déverser toutes sortes de déchets toxiques sur  la tête, nous tuer tous un par un, on s’en fout  complètement. 
   
Mais gare à l’étranger qui voudra voler notre belle nationalité !
 Catherine, j’en suis désolé, mais ton pays est peuplé de « moutons ». Nous ne pousserons pas un seul cri lorsque  l’on nous passera le couteau sur la gorge. Alors, s’il  te plaît, ne viens plus nous déranger pour tes problèmes  d’eau et d’électricité pendant que nous sommes en   train d’achever la construction de nos nouveaux palais, de > satisfaire nos maîtresses qui deviennent de plus en plus  exigeantes (elles veulent maintenant la nouvelle voiture que  Peugeot est en train de fabriquer en Chine pour les  Chinois), et pendant que nous sommes en train d’apprêter  nos costumes et robes pour célébrer les cinquante ans  d’indépendance de notre pays.

par Venance Konan,
Ecrivain journaliste.

Email : venancekonan@yahoo.fr
 

Commentaires

slt mr venance ,sincere je suis touché parce que vous venez de dire .je n'aipensé enaucunmoment qu'il y avait un non "mouton" en cote d 'ivoire que dis je une personne qui a encore la côte d'ivoire de feuFELIX HOUPOUET BOIGNY dans les veines .JE vous remercie etje vous dit de continuer ainsi que DIEU le tout puissant acheve votre combat.

Écrit par : ISSA | vendredi, 26 février 2010

Les commentaires sont fermés.