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vendredi, 08 janvier 2010

Pour qu'il en soit ainsi-ici-aussi !

Selon de récentes enquêtes de l'OMS, 1 fumeur sur 2 meurt d'une maladie liée du tabac. Cette tragédie fait du tabagisme la deuxième cause de mortalité dans le monde. Le bilan est assez effrayant : plus de 300 millions de fumeurs directes que le tabac fauche chaque année._yao_konan_jm.jpg

Jean Marc Yao Konan, Expert-consultant en genre



Cette situation totalement dramatique l'est encore davantage quand on sait qu'en plus de ces fumeurs actifs qui partent, pour ainsi dire, en fumée, il ya presqu'autant de fumeurs passifs, c'est-à-dire en vérité des non fumeurs qui meurent, victimes aussi du tabagisme. Cette situation a amenée les gouvernants occidentaux à prendre des mesures draconiennes. Les plus manifestes sont l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Entendez par lieux publics les bureaux, les boites de nuit, les cafés, etc. Les seuls lieux où le tabac est encore toléré le domicile du fumeur et … la rue. Que le fumeur soit cantonné chez à lka maison ou jeté à la rue montre que là bas le problème du tabac est pris très au sérieux. La preuve nous en est donnée par le satiriste du Grand journal de Canal+, par exemple, quand il commente une photo du président français, Nicolas Sarkozy, assis dans son bureau à l'Elysée, un cigare à la main. Selon le journaliste, le locataire de l'Elysée ne respecte pas la loi qu'il a lui-même promu le premier janvier 2008. Si polémique qu'elle puisse paraitre, cette anecdote nous enseigne au moins que l'étau se resserre autour de l'industrie du tabac en occident.

Paradoxalement, le marché semble s'ouvrir de plus bel pour cette industrie toxique en Afrique. En effet, depuis peu, on assiste à l'arrivée déferlante d'une pléthore de sociétés productrices de cigarette sur le continent noir comme si on voulait remplacer ceux qui sont tombés sous les coups du tabac en Occident par nous. Tout se passe en plus comme si ici on n'avait pas encore pris conscience des dangers du tabac. Bien sur ici pullulent les chantres d'une liberté de mauvais aloi, dans la mesure où elle est, pour eux, synonyme de licence absolue, c'est à dire le pouvoir de faire tout ce qu'on veut, où, quand et comme on le veut. Nous ne voulons pas engager un débat philosophique sur la liberté. Chacun est d'ailleurs libre de penser tout ce qu'il veut ; cette liberté là est sans doute absolue. Par contre, il y a une autre liberté qui est toute relative : celle-ci, parce qu'on vit en société, se sait conditionnée par celle des autres. C'est ainsi qu'on entend souvent dire à bon droit que la liberté de chacun s'arrête là où commence celle d'autrui. Dans le cas de la consommation de tabac, si le fumeur se croit libre de se suicider à petit feu, il n'a nullement le droit d'entrainer les autres dans sa course effrénée vers la mort. Un spot anti tabac fait au Brésil illustre bien cet empoisonnement sournois du non fumeur par le fumeur. Elle met en scène un obèse et un jeune homme svelte assis dos à dos dans un fast Food. L'obèse incarne le fumeur et l'autre, le non fumeur. On connaît bien le grand appétit de ceux qui souffre de ce terrible mal qu'est l'obésité. Dans le fast Food, l'obèse mange gloutonnement pendant que le jeune homme svelte, lui, ne consomme rien. Pourtant, à mesure que le glouton avale ses morceaux de hot dog, lui ne prend aucun poids de plus alors que son voisin de dernière grossi si bien que lui qui svelte fini par prendre le poids et la forme de l'obèse. Son seul tort, c'est celui d'avoir eu la malchance d'être dans la direction du vent. Ce spot veut nous enseigner que le non fumeur souffre encore plus des effets de la fumée qu'il inhale involontairement que le fumeur actif qui pourtant est le seul responsable de cette intoxication commune. On comprend encore par cette scène, pour le moins insolite, que quand on est en compagnie de fumeurs, notre santé est comme une feuille morte : elle est soumise au caprice du vent. Encore plus dramatique est le fait que ce cocktail toxique qu'est la fumée de tabac n'épargne pas du tout les fœtus, les enfants et les adultes fragiles. Nous disons bien cocktail toxique car la composition chimique de la fumée de tabac est plus qu'effarante. Elle contient des substances hémotoxiques, comme la nicotine et l'oxyde de carbone. Outre ces deux poisons pour le sang, on y trouve encore des substances qui agressent tout le système respiratoire et des substances cancérigènes. (On peut peut-être fabriquer une petite bombe atomique avec de tels composants.)

On le voit, le tabac est une menace ambiante pour la santé de tous ; c'est donc un véritable problème de santé public. Il convient par conséquent que les différents Etats africains prennent ce problème à bras le corps comme cela ce fait ailleurs. Bien sur nos gouvernements sont confrontés à un dilemme : les entreprises qui commercialisent le tabac sont génératrices de fonds fiscaux d‘une part, et elles résorbent un peu le chômage qui aujourd'hui est au zénith dans notre ciel, d'autre part. C'est pourquoi les gouvernements africains font preuve de lâcheté sur le sujet. Certes entraver la consommation de tabac provoquerait un manque à gagner pour ces entreprises et par ricochet pour nos Etats, mais on ne saurait sacrifier plus longtemps nos vies sur l'autel des intérêts financiers. Au vue des rapports de plus en plus alarmants sur les effets destructeurs du tabac, il convient que des initiatives soient prises pour juguler ces effets nocifs pour ceux qui ne sont pas candidat au suicide par la fumée, c'est-à-dire les non fumeurs. En occident, les mesures responsables, courageuses et vigoureuses qui ont été prises par les autorités portent déjà des fruits. Comme dans une relation de cause à effet, à la suite de la baisse de la consommation de tabac, on y assiste aussi à la hausse de l'espérance de vie. Vie : rien n'est plus important que ce mot. N'est ce pas pour cela que le premier droit humain est le droit à la vie. Aussi, tout ce qui est de nature à la détruire doit être considérer come étant indigne d'exister sur la terre des hommes et traité comme tel. Et le tabagisme fait partie de ces pratiques qui vont contre la vie dans sa dimension de bios. Contrairement à leurs homologues occidentaux, les dirigeants africains ne semblent pas l'avoir encore compris. Assez curieusement pour une fois ceux-ci ne veulent pas imiter ce qui se fait ailleurs. Ailleurs la protection des non fumeurs se révèle être un acte noble puisqu'elle à permis d'améliorer la qualité de vie publique. Là bas, les problèmes entre fumeurs et non fumeurs sont quasiment résolus. Face à l'indifférence de nos gouvernements sur ce sujet, il est peut être temps que la société civile africaine s'en empare pour qu'il en soit ainsi-ici-aussi.

NB : Nous avons là un exemple caractéristique de la résolution des problèmes de genre. Le tabagisme pose bien un problème de genre entre fumeurs et non fumeurs que nous analyserons dans des travaux ultérieurs

Jean Marc Yao Konan, Expert-consultant en genre
Chargé d'études, formation et recherches à l'Association pour la Promotion du Genre et du Développement durable (APROGED)

Contact: 225 05 53 46 53
Yaokjmarc@yahoo.fr
22 BP 368 Abidjan 22

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