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mardi, 15 décembre 2009

Bonne gouvernance et developpement

Alioune-Badiane.jpgEntretien avec Alioune Badiane, directeur régional pour l'Afrique et les Pays arabes, ONU Habitat.

«Il n'y a pas de développement durable sans une bonne gouvernance»

On ne le dira jamais assez,le retard pris par les pays africains dans  developpement s'explique par le manque de bonne gouvrnance et/ou l'incapacité notoire des tenats du pouvoir mettre eb oeuvre courageusement des reformes et politiques d'investissement en infracstructure de base,prelude à l'investissement des partenaires privés.

Cette interview d'Alioune Badiane vient nous confirmer et c'est l'heure pour lesivoiriens de faire lebon choix lors des elections a venir afin que ledecollage de la Cote d'IUvoire soit reel avec Alassane Dramane Ouattara.






En marge d'Africités V, la cinquième édition du Sommet panafricain des villes et collectivités locales qui se tiendra demain à Marrakech.

Par Farida Moha | LE MATIN

LE MATIN : 1 000 maires de 50 pays seront présents à cette grand-messe de Marrakech d'Africités qui constitue un temps fort dans l'impulsion des processus de décentralisation en Afrique. Où en est ce processus en Afrique qui a été l'objet de la dernière édition d'Africités de Nairobi en 2006 ?

Alioune Badiane : Le sommet d'Africités 4 à Nairobi en 2006 a été le sommet de la consolidation des acquis et de la maturité, après ceux de Abidjan, Windhoek et Yaoundé. L'Afrique y a jeté les bases de la consolidation du mouvement de la décentralisation et défini les mécanismes de sa participation au mouvement mondial des Cités et gouvernements locaux Unis (CGLU) à travers la CGLUA. Au cours des trois années passées, malgré les contraintes internes à la structuration du mouvement et les déchirements au sein de la CGLUA, les villes et les maires africains ont continué à travailler pour approfondir la démocratie locale, renforcer les mécanismes de contribution à la production de la richesse, les villes produisant plus de 60 % du PIB en Afrique, améliorer la collecte des recettes, mieux gérer l'environnement des villes et continuer à construire les capacités des élus locaux et des fonctionnaires municipaux pour une meilleure gouvernance urbaine locale, pilier indispensable pour la gestion urbaine . Dans l'intervalle, le tsunami environnemental qui menace l'avenir de l'humanité et la crise financière en plus de la récession qui ont frappé l'économie mondiale n'ont pas épargné les villes du continent .La rencontre de Marrakech représente donc la plateforme indiquée pour débattre ensemble de la position des maires africains et de la contribution des élus locaux aux mécanismes de sortie de crises qui s'élaborent à Copenhague cette semaine.

Africités se tient cette année sous le thème « Promouvoir le développement local durable et l'emploi dans les collectivités locales africaines ». Il s'agira d'écouter les responsables des Collectivités locales qui font face quotidiennement à la crise .Quelles réflexions vous suggère ce thème ?

Sans aucun doute le thème est à l'heure des grands défis que confronte l'Afrique sous l'angle des crises conjuguées, celles alimentaire, énergétique, environnementale, financière et d'une jeunesse désemparée, au chômage chronique et qui prend d'assaut la forteresse « Europe » par voies de mer, de terre ou aérienne à la recherche de lendemains meilleurs.
A la suite du sommet de Ouagadougou sur le thème de l'emploi, il était nécessaire que les maires et les élus locaux du Continent, confrontés aux défis quotidiens de l'emploi et de la jeunesse, du secteur informel débordant de générosité sans richesses accumulées, reprennent le flambeau de Ouagadougou et apportent les leçons de l'expérience et du vécu quotidien des citoyens qui vivent le calvaire et l'angoisse du chômage au quotidien.

L'une des réponses à la crise est la promotion du développement local durable et de l'emploi : qu'entend-on par ce qui ne semble être que des concepts ?

La promotion du développement local durable et de l'emploi réel n'est certainement pas des slogans creux ou des concepts académiques. Ils représentent un appel fort à la cessation immédiate de l'économie spéculative basée sur des échanges monétaires fictifs et une globalisation des valeurs immatérielles sans fondements. Cette tendance spéculative sur des valeurs immobilières surévaluées et basées uniquement sur le marché a fini par faire éclater la bulle spéculative et plonge le monde dans la récession. Et la réponse des autorités locales est de transformer les investissements de capital en infrastructures, en grands travaux et en équipements de base pour promouvoir la croissance économique et créer les emplois nécessaires à la relance de la consommation et de la confiance aux instruments financiers et aux systèmes bancaires. De plus en plus, en approfondissant la décentralisation, les maires et les élus pourront apporter la confiance nécessaire aux investissements pour un développement durable et pour la création des emplois tant par le secteur public que par le secteur privé en Afrique

Au cours du sommet d'Africités, les acteurs vont formuler des réponses pour faire face à la crise. Comment traduire ces réponses en politiques publiques ?

Les milliers de maires et des élus locaux qui seront à Marrakech y viendront avec un capital de vécu et de pratiques de gouvernance urbaine et locale qui leur permettront de formuler des réponses pratiques de sortie de crise. En cela, ils seront aidés par la société civile et les partenaires au développement qui croient au rôle singulier des villes comme moteur de la croissance et du développement. La traduction concrète des réponses de Marrakech en politiques publiques de sortie de crise passent par 3 fondamentaux : tout d'abord le renforcement du rôle des autorités locales dans le processus de développement par l'approfondissement de la décentralisation et un partage plus équitable des fruits de la croissance entre l'Etat et les Collectivités locales ; il faut ensuite se mettre d'accord sur une définition plus claire des rôles et responsabilités entre l'Etat et les collectivités dans la mise en œuvre des plans de développement et des investissements de capital en termes d'équipement de base d'infrastructure ; le troisième fondamental c'est la mise en place de politique de coopération décentralisée qui permet aux villes et aux élus d'accéder à des ressources de développement spécifiquement orientées vers les villes et qui visent directement les jeunes et les populations vulnérables par la mise en œuvre de programmes d'emplois immédiats de sortie de crise .

Pendant la session d'ouverture, une table ronde portera sur le thème « Sortir de la crise : pistes pour l'avenir vues d'Afrique ». Quelles seraient ces pistes selon vous ?

Les pistes de sortie de crise pour l'avenir vues de l'Afrique passent selon moi par la promotion et le retour à l'économie réelle par des programmes majeurs d'investissement dans les infrastructures, dans l'énergie, les nouvelles technologies, dans les secteurs de l'eau et de l'assainissement dans l'habitat et de la gestion de l'environnement pour la réduction des gaz à effets de serre. Elles passent également par la sécurisation de la croissance économique et l'emploi dans des investissements massifs dans l'agriculture et l'économie rurale pour assurer la couverture alimentaire et offrir le plein emploi à la jeunesse africaine. Les villes étant le moteur de la croissance économique durable, il faut promouvoir une planification et une gestion urbaine qui offrent des opportunités de travail et d'emploi et une meilleure qualité de vie au plus grand nombre de population et lutter ainsi contre la pauvreté, le sous-emploi et le chômage.
Il faut également favoriser les grands ensembles sous-régionaux qui facilitent par la communication et les échanges une meilleure intégration des économies africaines par les villes et les grands corridors d'investissements tant au sein des Etats qu'entre les Etats. Les différents engagements qui ont été donnés à l'Afrique pour soutenir son développement tant à Gleeneagles que dans la Déclaration du Millénaire des Nations unies et les autres cadres de coopération multilatérale tels que la Déclaration de Paris n'ont pas encore donnés les résultats escomptées. Et pourtant, il n'y a aucun doute que, vu la globalisation de l'économie mondiale , les récentes crises et les menaces issues des changements climatiques et du réchauffement de la terre, le développement de l'Afrique par les villes se doit d'être considéré comme un agenda mondial qui sera non seulement au bénéfice des Africains mais aussi de tous les partenaires au développement. Et c'est pourquoi Africitiés est un sommet pour l'Afrique auquel sont conviés les partenaires du monde pour une réflexion globale avant le Forum urbain mondial de Rio en mars 2010.

Au Brésil, le budget participatif est un processus par lequel les communautés peuvent débattre sur les politiques publiques. Décider des ressources publiques disponibles au niveau de leur terroir est déjà une réalité. Qu'en est-il en Afrique et avons-nous des expériences probantes ?

Depuis bientôt une décennie, l'Afrique a adopté les principes de bonne gouvernance locale et surtout de gestion par les Budgets participatifs. Des expériences concordantes ont été menées au Sénégal, au Mali et au Burkina-Faso dans la sous-région de l'Afrique de l'Ouest. Ailleurs, des essais ont été entamés à Madagascar et au Mozambique. ONU Habitat en coopération avec le gouvernement espagnol et avec l'appui de Enda Eco Pop a entamé au Sénégal, au Mozambique, au Congo Démocratique des expériences qui sont en cours d'exécution. En Egypte, en rapport avec le GoPP et 3 gouvernorats, nous avons lancés des expériences dont les résultats seront partagés durant le sommet de Marrakech. C'est assurément un processus de montée en puissance des citoyens pour le contrôle budgétaire et la qualité du développement local qui mérite d'être vulgarisée en Afrique et nous nous y attelons avec les villes qui en font la demande pour une assistance.

Peut-on dupliquer ces expériences ?

Les Budgets participatifs sont des éléments du processus d'une démocratie locale intégrée qui méritent d'être réfléchis avant de passer à une duplication. On ne pourra pas faire un placage ou un greffage d'une ville à une autre ou un pays à l'autre. Chaque processus est unique mais comporte des éléments dynamiques qui peuvent être échangés et enrichis et c'est ce que nous faisons dans les villes africaines où nous collaborons avec les élus et les populations. Le manuel du BP qui a été traduit en arabe et qui sera diffusé ici à Marrakech est une preuve du besoin immédiat des villes à expérimenter le BP et nous serons à leur écoute pour avancer avec elles dans ce chemin d'amélioration de la gestion locale par le BP.

En Afrique, l'urbanisation est souvent synonyme de multiplication de bidonvilles et de précarité. Que préconise ONU Habitat pour lutter contre la pauvreté urbaine ?

En Afrique, l'urbanisation résulte de stratégies de survie économique que sous-tend la dynamique de la pauvreté. Les populations se développant beaucoup plus vite dans les villes que ne le font les économies locales, un à deux sur trois des citadins de la région sont aujourd'hui victimes d'au moins un facteur de privation de logement. A Addis-Abeba, 69% des ménages vivent dans des taudis, et à Dar-es-Salam la proportion est de 65 %. A Kigali et à Kampala, elle est de l'ordre de la moitié, alors qu'à Nairobi c'est aussi un habitant sur deux qui est victime d'au moins un facteur de privation de logement.
La pauvreté urbaine en Afrique ne trouve pas sa cause principale dans l'extension des villes, pas plus qu'elle ne reflète la défaillance des économies urbaines. Elle résulte des carences des systèmes institutionnels qui perpétuent l'exclusion sociale et les inégalités entre citadins pauvres et riches. On n'a pas fait tirer le meilleur parti possible des économies d'échelle que permettent les grandes agglomérations. La faiblesse de la volonté politique en Afrique constitue aujourd'hui le principal obstacle à la réduction de la pauvreté urbaine, qui a pour conséquence inéluctable la prolifération continue des taudis dans les villes. L'extension, la prolifération et la persistance des taudis et de l'habitat informel urbains en Afrique sont causées et soutenues par les six facteurs suivants : l'absence de politiques foncières et d'urbanisme dans les villes; l'absence des normes et des règles de construction réalistes; le fait que les promoteurs privés servent surtout les catégories à revenus moyens et élevés; le manque d'orientations stratégiques claires de la part des gouvernements et des autorités locales; l'absence d'infrastructures publiques et la politisation des établissements informels et du logement en fonction de lignes partisanes qui ont cours les années d'élections mais disparaissent sitôt terminé le décompte des bulletins.
Les interventions visant les taudis et l'habitat informel ont donné des résultats mitigés pour diverses raisons: l'exclusion persistante de certaines catégories ; l'incapacité à prendre en compte les moyens financiers des ménages à faibles revenus ou leur désir de les mettre à contribution; des subventions distribuées à tous et non exclusivement à ceux qui en ont besoin; des comportements d'opportunisme prédateur en matière de logement et l'embourgeoisement qui s'en suit; la persistance fréquente de méthodes non participatives; la négligence du facteur « bien-être » des ménages visés; des modalités de partenariat, de mise en réseaux et de coordination mal étudiées; les difficultés qu'il y a à reproduire les méthodes de modernisation dans différents contextes et, enfin, des approches « de haut en bas » et peu « durables ». Si elles doivent produire leurs effets, les stratégies visant à améliorer l'habitat, et particulièrement celui des catégories à faibles revenus, ne sauraient être isolées des politiques plus générales de lutte contre la pauvreté et l'inclusion sociale et politique.

Les gouvernements en Afrique sont-ils prêts à renforcer la démocratie locale ?

On peut le penser et le souhaiter, car il n'y pas de développement durable en Afrique sans une urbanisation durable et une bonne gouvernance urbaine qui permettent de lancer durablement l'économie et mieux partager les fruits de la croissance entre le secteur urbain et le monde rural et améliorer la gestion de l'environnement.

Commentaires

Alioune, j'aimerais bien avoir de vos nouvelles et être de nouveau en rapport avec vous. Où êtes-vous ? je vois (avec une certaine fierté) que vous savez fait une très belle carrière! Bravo

Écrit par : Micaela Blay Thorup | jeudi, 12 décembre 2013

Alioune, j'aimerais bien avoir de vos nouvelles et être de nouveau en rapport avec vous. Où êtes-vous ? je vois (avec une certaine fierté) que vous savez fait une très belle carrière! Bravo

Écrit par : Micaela Blay Thorup | jeudi, 12 décembre 2013

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