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mardi, 08 décembre 2009

Guinee: Repression sauvage?

dadis.jpgCONAKRY - L'armée guinéenne a lancé une vague de répression, accompagnée parfois de cas de torture, à la suite de la tentative d'assassinat du chef de la junte au pouvoir, le capitaine Moussa Dadis Camara, déclare un haut responsable de la police de l'ancienne colonie française.



Camara, qui s'était emparé du pouvoir à Noël dernier à la mort du président Lansana Conté, a été blessé par balle à la tête jeudi soir par son ancien aide de camp, le lieutenant Aboubacar "Toumba" Diakité. Opéré quelques heures plus tard au Maroc, son état n'inspirerait pas d'inquiétude.

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On ne s'attend pas à ce qu'il sorte de l'hôpital militaire de Rabat avant plusieurs jours et, en attendant, c'est un de ses fidèles, le numéro deux de la junte et ministre de la Défense, Sekouba Konaté, qui assume l'intérim de Camara, dont l'agresseur et nombre de ses fidèles seraient toujours en fuite.

"Tous ceux qui ont été vus avec 'Toumba' - soldats, civils et mêmes des charlatans - sont systématiquement arrêtés et torturés. Certains sont tués", a déclaré un haut responsable de la police nationale ne souhaitant pas être nommément cité.toumba.jpg

"Ce qui est le plus grave, c'est qu'ils se fichent même d'interroger sérieusement ceux qu'ils arrêtent. A ce rythme, cela va tourner au règlement de comptes", a-t-il ajouté. Des tirs retentissent quasi quotidiennement à Conakry depuis la tentative de coup de force de jeudi soir.

Celle-ci illustre les divisions profondes qui minent l'armée guinéenne qui, aux yeux de nombre d'experts, ne serait qu'un ramassis de bandes armées fidèles à quelques chefs de clans dont les troupes et mêmes les officiers sont fréquemment en état d'ébriété.

De source militaire, on déclare que six personnes au moins ont été tuées dans les affrontements de jeudi entre factions de la junte. Selon un officier souhaitant rester anonyme, deux membres de la garde présidentielle dont "Toumba" était le chef ont été par la suite arrêtés et torturés à mort.

KONATÉ, HOMME CLÉ

Reuters a pu voir un enregistrement vidéo montrant plusieurs autres membres de la garde présidentielle ligotés et interrogés dans ce qui semble être le camp Alpha Yaya, le QG de la junte. Parmi eux figurait le sergent Mohamed "Begré" Camara, ex-chef de la sécurité présidentielle, qui aurait trempé dans la tentative de coup d'Etat de jeudi.

Les tensions en Guinée ont été exacerbées la semaine dernière par la présence d'une équipe d'inspecteurs des Nations unies enquêtant sur le massacre commis le 28 septembre dans le principal stade de la capitale où étaient rassemblés des milliers d'opposants au régime militaire.

"Toumba" et la garde présidentielle de Camara passent pour les principaux instigateurs de ce carnage, accompagné de viols, qui a fait 150 morts parmi la foule réunie au stade du 28 septembre et suscité une vague de réprobation dans la région et, bien au-delà, à travers le monde.

Les conclusions de l'enquête de l'Onu ne sont pas attendues avant la mi-décembre mais, lundi, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédeao), principale organisation régionale, a fait clairement savoir son hostilité à un retour de Camara à Conakry.

L'opposition guinéenne ne souhaite pas non plus son retour et la Cédeao aimerait que le roi Mohamed VI du Maroc lui accorde un exil doré dans une villa confortable avec des moyens de subsistance.

Camara hors du champ, l'homme clé deviendrait Konaté. Les opposants et les défenseurs des droits de l'homme le tiennent pour un militaire professionnel et influent qui ne nourrirait pas d'ambitions politiques.

Surnommé "El Tigre" pour sa combativité, il n'était pas à Conakry lors du massacre du 28 septembre ni lors de la tentative d'assassinat de Camara. Il s'en trouve moins exposé à de poursuites internationales et peut-être plus disposé à rendre le pouvoir aux civils dans le courant de l'année qui vient.

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