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mercredi, 09 septembre 2009

Faut-il croire maintenant aux élections?

Source ips

POLITIQUE–COTE D’IVOIRE :
Faut-il croire maintenant aux élections?
Fulgence Zamblé

abidjan.jpgABIDJAN, 7 sep (IPS) - A trois mois de l’élection présidentielle prévue le 29 novembre prochain en Côte d’Ivoire, certains signes laissent croire que le rendez-vous sera tenu cette fois-ci. Cependant, des faits, et pas des moindres, pourraient retarder le processus, estiment des analystes.



La Commission électorale indépendante (CEI, structure chargée de l’organisation des élections) a ouvert, depuis plus d’une semaine, la liste des candidatures pour la présidentielle. Elle en a déjà reçu deux, dont celle de l’ancien président et opposant Henri Konan Bédié, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), déposée mercredi.

Ensuite, un projet de "consensus" sur la délicate question des grades des ex-rebelles a été remis au ministre de la Défense, Michel Amani N'Guessan, pendant que les premières unités mixtes de l’armée étaient déployées pour la sécurisation des élections sur l’ensemble du territoire national.

La semaine dernière, la CEI a annoncé que la publication de la liste provisoire des électeurs se ferait au plus tard le 15 septembre. En effet, le traitement des données du recensement (plus de six millions de personnes inscrites) est déjà achevé "dans plus de 60 pour cent" des 70 centres retenus pour cette opération.

"Les problèmes logistiques et financiers, qui ont retardé cette importante étape semblent ne plus exister et le processus est visiblement sur de bons rails", estime Marcellin Tanon, un politologue ivoirien.

Selon Tanon, "Il y a, certes, encore quelques poches de résistance concernant des grèves des agents électoraux – pour non-paiement des primes -, mais cela ne devrait pas avoir d’incidence sur le respect de la date du 29 novembre". "L’optimisme doit commencer à prendre le pas sur le pessimisme", ajoute-t-il à IPS.

"Nous l’avons déjà dit, nous sommes déterminés et décidés à organiser les élections à la date indiquée. Au fur et à mesure que nous avançons, les nuages se dégagent", a assuré le président de la CEI, Robert Mambé, au cours d’une rencontre, mercredi dernier, avec les partis politiques sur les dernières étapes menant aux élections.

Joël N’Guessan, conseiller du président du Rassemblement des républicains, Alassane Ouattara (parti d’opposition), déclare également : "J’ai la conviction de nous allons y arriver cette fois. Un processus comme celui d’une élection en période de crise ne peut se dérouler sans difficultés. Seulement, il faut trouver rapidement des solutions à chaque étape, s’il y a un blocage".

"L’aspiration de tout Ivoirien est d’en finir avec la situation de ni paix ni guerre", affirme à IPS, Haïdara Koné, un sociologue ivoirien. "Il n’y a donc pas place à tergiverser à nouveau au moment où le processus est si près du but. Et à bien observer, même si la bonne foi n’y pas trop, la volonté d’aller aux élections est palpable à tous les niveaux".

Mais, ces avis ne semblent pas être partagés par la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI, un regroupement de plusieurs ONG de défense des droits de l’Homme), basée à Abidjan, la capitale économique du pays. "Nous estimons qu’il y a encore de la confusion et un manque de transparence dans les activités de la CEI ", soutient Patrick N’Gouan, le coordonnateur national de la CSCI.

Selon l’organisation, le processus manque de "planification claire et rigoureuse des différentes opérations électorales, ce qui se manifeste par l’improvisation et le tâtonnement dans la conduite du processus électoral".

En effet, la publication de la liste provisoire annoncée pour la mi-septembre, était initialement prévue pour le 24 août dernier. Cette situation s’explique, selon la CEI, par l’absence d’une des structures du processus à l’étape de croisements des données, et par le retard observé dans le rapatriement des valises de recensement des Ivoiriens de l’étranger.

"Il n’y a pas eu un franc jeu à un moment dans le processus d’enrôlement des Ivoiriens et dans la phase des croisements des données, il n’y en a pas encore", dénonce Nicolas Kouassi, maire PDCI d’Abengourou (est du pays). "Et les problèmes d’unicité des caisses de l’Etat qui n’ont pas été définitivement résolus ne permettent pas d’envisager les élections", affirme-t-il à IPS. Il souhaite toutefois la tenue du scrutin pour permettre au pays de sortir de sa situation actuelle de pauvreté croissante.

Barthélemy Dago, professeur dans un établissement secondaire à Abidjan, reste toujours sceptique pour la tenue des élections. "L’accord de Ouagadougou a permis d’espérer, mais le climat est loin d’être apaisé. Les discours des politiques sont toujours violents et agressifs et cela n’est pas fait pour s’attendre à mieux", dit-il à IPS.

Pour sa part, Francis Wodié, président du Parti ivoirien des travailleurs (PIT, opposition), déclare : "Il faut que les élections aient lieu à la date indiquée. Il n’est pas question que l’on accepte le report, une nouvelle fois, de la présidentielle", peu importe le stade actuel du processus.

La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis bientôt sept ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire. A la suite de la signature d’un accord de paix en mars 2007 à Ouagadougou (Burkina Faso), le pays doit organiser le premier tour d’une présidentielle le 29 novembre prochain. (FIN/2009)

 

 

 

 

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