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vendredi, 10 juillet 2009

Abidjan-Paris, la débandade et l’odyssée

                                    

Abidjan-Paris, la débandade et l’odyssée

Ceux qui croient en l’Afrique prendront le train. Pas l’avion, ni le bateau pour l’autre côté de l’océan, l’Europe. Amoureuse du continent noir sans être béate, Eliane de Latour n’a pas son pareil en France pour raconter la modernité de l’Afrique, débarrassée des clichés ou d’un afro-pessimisme douillet. Huit ans après Bronx-Barbès, où elle livrait un film dur et marquant sur la jungle urbaine d’Abidjan, Eliane de Latour s’attaque à un autre sujet difficile : celui de ces jeunes qui tentent de rallier l’Europe, en quête de réussite sociale, mais aussi sous la pression de leurs familles.


Dans un film débridé, pour ne pas dire décousu, elle raconte l’odyssée de deux copains partis d’Abidjan. L’un, Otho, sera promptement renvoyé chez lui, après un contrôle policier musclé en Espagne. L’autre, Shad, incarné par le magnétique Fraser James, poursuivra sa route jusqu’à Paris, avant de revenir sur les bords de la lagune Ebrié, en Côte d’Ivoire, paré de l’aura de celui qui «rentre au pays fringué tel un prince des temps modernes».

On sent bien à quel point Eliane de Latour tient à ce film, et quel investissement politique et sentimental elle y a mis. Du coup, elle en fait sans doute trop. Et l’on sort quelque peu groggy des péripéties qui émaillent le voyage de Shad en Europe. Les scènes les plus incontestablement réussies se déroulent sur le sol ivoirien. Les dialogues, qui restituent la verve des Abidjanais, sont un régal. La réalisatrice touche juste : dans une société où la pauvreté est endémique, le besoin d’argent aliène et pervertit tout, ou presque. Otho, qui a été expulsé d’Europe, est moqué par ses amis et vilipendé par les siens. Shad est fêté à son retour comme le messie, mais il ne dit rien des avanies et humiliations subies en Europe, notamment de la part de ses «frères» africains déjà installés.

Lors de la cérémonie du mariage entre Shad et la sœur d’Otho, Pélagie, l’ambianceur de la soirée fait croire que la robe de la jeune femme a été fabriquée en France et qu’elle vaut une fortune. En réalité, elle a été coupée par un couturier local bourré de talent. Mais c’est tellement mieux de dire cela… Dégoûté, Otho refuse la main tendue par Shad et monte dans un train. Pour un autre voyage, mais cette fois en terre africaine. En quête d’une renaissance en laquelle croit la réalisatrice.

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