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lundi, 22 juin 2009

la “Révolution Twitter” en Iran

Les paradoxes de la “Révolution Twitter” en Iran

iran.jpgL'auteur du présent billet a écrit précédemment sur l'utilisation des technologies de médias sociaux dans la campagne électorale de l'élection présidentielle de 2009 en Iran [en anglais, comme tous les blogs cités].

A présent [le billet d'origine a été publié le 19 juin], les partisans de Mir-Hossein Moussavi contestent la victoire écrasante de Mahmoud Ahmadinejad aux élections (Hamid Tehrani sur Global Voices).


Divers observateurs ont appelé les manifestations des ‘manifestations Facebook/ Twitter', affirmant que les outils de médias sociaux ont été cruciaux pour l'organisation de ces manifestations (Clay Shirky sur TED BlogLev Glossman dans TimeMark Ambinder sur The Atlantic). Le  fil Twitter #Iran Election a de fait été hyperactif toute la semaine (Ben Parr sur Mashable). 

Les sites de réseaux sociaux comme Twitter, Facebook et Delicious ont également été utilisés pour organiser des attaques par déni de service  (attaques DDOS) contre les sites gouvernementaux et pro-Ahmedinejad, dont Ahmadinejad.ir (Noah Shachtman sur Wired). Il semble que certains blogueurs aux USA encouragent aussi ces attaques DDOS (Nancy Scola sur TechPresident) et qu'une firme politique ayant son siège à Washington y prenne réellement part, dans une tentative inopportune (et illégale) d'activisme numérique (Evgeny Morozov sur Foreign Policy).

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Des partisans d'Ahmadinejad utilisent eux aussi les blogs et Twitter pour expliquer pourquoi ils croient qu'il a gagné en toute légitimité (Hamid Tehrani in Global Voices).

Le gouvernement a tenté d'étouffer la contestation en bloquant plusieurs sites de réseaux sociaux tels que TwitterFacebook et YouTube, à côté d'un certain nombre de sites internationaux d'information (Richard Sambrook à la BBCAssociated Press).

D'autre part, le Département d'Etat américain aurait “demandé à Twitter de s'abstenir de fermer pour sa maintenance périodique programmée en ce moment critique” (Elise Labott sur CNNNancy Scola sur TechPresident).

Twitter est utilisé de nombreuses manières dans l'Iran post-électoral : pour organiser des manifestations, pour communiquer des informations de première main sur le terrain, pour attirer l'attention internationale sur les manifestations et pour modifier les choix prioritaires des organes internationaux d'information.

Quand la poussière retombera sur la crise des élections en Iran, on verra que Twitter aura été un outil plus utile pour les médias que pour l'organisation. On comprendra que Twitter n'aura pas vraiment changé grand chose en Iran en termes d'organisation des manifestations, mais qu'il aura joué un rôle important pour impliquer la communauté internationale dans le mouvement de protestation et concentrer l'attention des médias sur les manifestations (voir Evgeny Morozov sur Foreign PolicyDaniel Terdiman sur CNet et Marshall Kirkpatrick de RWW sur #CNNFail).

En fait, il y a moins de 10.000 utilisateurs de Twitter en Iran (Sysomos par BusinessWeek) et moins de 100 d'entre eux paraissent actifs. Avec un nombre aussi faible, il est tout à fait étonnant que leurs tweets aient généré un tel effet multiplicateur par les retweets etc… (Le nombre d'utilisateurs de Twitter en Iran pourrait être artificiellement gonflé à ce jour, à cause d'une campagne malavisée qui demandait aux gens de changer leur localisation Twitter pour Téhéran pour compliquer le ciblage des dissidents par les autorités iraniennes.)

Néanmoins, l'organisation sur le terrain se fait probablement par les téléphones portables et les réseaux autonomes, les mêmes réseaux qui étaient précédemment mis en oeuvre pour mobiliser les partisans de Moussavi à se montrer et voter pour lui.

Appeler les manifestations en Iran une ‘révolution Twitter', c'est non seulement une diversion, mais aussi un danger, parce que cela réduit un mouvement de base légitime et largement soutenu à quelque chose qui commence à devenir un cliché, depuis la Moldavie.

Mary Joyce sur DigiActive.org utilise le cadre d'étude des médias sociaux des 4 Cs élaboré par l'auteur de ce billet, pour évaluer le mouvement, disant que : “ce mouvement a réalisé la Création de Contenu et la  Collaboration dans l'action Collective, mais sera-t-il capable de créer une Communauté qui fondera une action à long terme  lorsque l'élection iranienne aura disparu des grands titres ?”

Evgeny Morozov partage le scepticisme de l'auteur sur “l'affirmation que Twitter a contribué à l'organisation des manifestations” et estime qu'il a surtout servi “à rendre publiques la violence ou les manifestations et marches déjà prévues.”

Nancy Scola de TechPresident convient que, “comme nous l'avons vu en Moldavie, l'idée d'une “révolution Twitter” n'est pas toujours confirmée par les faits, au moins dans la mesure où le soulèvement n'aurait pas eu lieu sans cet outil.”

Brand Stone et Noam Cohen du NYT sont d'accord avec l'auteur pour dire qu' “étiqueter de telles manifestations anti-gouvernementales, apparemment spontanées, comme une “révolution Twitter” fait déjà figure de cliché”.

Tom Watson sur TechPresident nous rappelle qu'il y a des limites à ce que peut faire la technologie, “surtout quand des hommes et des femmes défilent dans des rues patrouillées par les troupes d'une dictature religieuse absolutiste, affrontant les fusils des soldats dans l'espace public et le gibet derrière les murs de la prison.”

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