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lundi, 04 mai 2009

Alassane Ouattara Sur Africa 24

Sur Africa 24 / Alassane Ouattara: "Mes rapports avec le Président Gbagbo sont des rapports fraternels et amicaux"



Alassane ouattara Africa 24 : la date de l’élection présidentielle n’est toujours pas connue. Est-ce un motif d’inquiétude pour vous ?

Alassane Dramane Ouattara : Il nous faut des élections. Depuis 2005, nous parlons d’élections, elles ne viennent pas. Les raisons sont multiples. Mais nous avons fait des progrès considérables puisque maintenant nous avons une liste électorale de 6 millions de personnes enrôlées, alors celle de 2000 ne comportait que 5 millions, y compris les personnes décédées et les doubles inscriptions. Donc, c’est un chiffre que je trouve important, c’est une masse critique qui devait nous permettre d’aller aux élections. Il y a encore un certain nombre de choses à régler : la reconstitution des registres d’Etat civil, l’enrôlement des Ivoiriens de l’étranger, la sécurisation du processus. Tout cela est une question de volonté politique. Normalement, si nous décidons d’arrêter l’inscription sur la liste électorale comme cela se fait d’ailleurs dans tous les pays, c’est-à-dire fin avril, quatre mois après, nous pourrions faire les élections, c’est-à-dire, septembre ou octobre au plus tard.


Africa 24 : Vous avez parlé de volonté politique, en la matière, qui doit décider, le Président Laurent Gbagbo ou la Commission électorale indépendante ?

ADO : Je dirais que la Commission électorale indépendante a un certain nombre de critères et de responsabilités, mais les solutions les plus urgentes relèvent du chef de l’Etat et du gouvernement. Par exemple, il faut créer les tribunaux dans les zones Centre nord ouest, il faut le financement du processus, il faut mettre en place les équipes de sécurisation. Tout ceci relève du gouvernement et du chef de l’Etat. Il faut que le chef de l’Etat et le gouvernement prennent ces problèmes à bras-le-corps, il faut mettre le financement à disposition de la CEI et créer les conditions optimales de sécurisation.

Africa 24 :

ADO : Ce n’est pas que cela soit impossible. C’est techniquement possible. En plus, la Côte d’Ivoire en a besoin. Vous savez, les Ivoiriens souffrent beaucoup de cette situation. Tout de même depuis 4 ans, nous attendons les élections pour avoir un gouvernement et une équipe légitimes. Les bailleurs de fonds et les investisseurs ont besoin de cette clarification. C’est pourquoi, il faut faire les élections avant la fin de l’année.

Africa 24 : Est-ce que vos militants comprennent votre alliance avec Henri Konan Bédié, qui estime que l’ivoirité est une idée pionnière ?

ADO : Pour moi, c’est du passé. Je pense qu’il faut pouvoir se réconcilier, il faut aller de l’avant. La Côte d’Ivoire a besoin de paix, il ne faut pas rester figé dans des schémas qui ont fait tant de mal à notre pays, il y a une quinzaine d’années. Ceci étant, les militants du RDR me font confiance, d’ailleurs ils m’ont renouvelé leur confiance en me donnant un nouveau mandat à la tête du parti et surtout en me désignant comme le candidat du RDR à l’élection présidentielle. Au départ, les uns et les autres ne comprenaient pas le bien-fondé de cette alliance. Nous avons pris le temps de le leur expliquer. Maintenant, je me réjouis, dans les bases, que ce soit dans les grandes villes Abidjan, Bouaké, Daloa, etc. ou dans les villages, dans les zones rurales, qu’il y aie maintenant une bonne intégration des uns et des autres, et une bonne compréhension de cette situation. Nous avons fait le bon choix.

Africa 24 : Quelle est la nature de vos rapports avec le Président Gbagbo ?

ADO : Mes rapports avec le Président Gbagbo sont des rapports fraternels et amicaux.

Africa 24 : Franchement, sans langue de bois ?

ADO : Sans langue de bois. Les uns et les autres savent que je ne fais jamais de langue de bois. Nous nous voyons à l’occasion des réunions du Cadre permanent de concertation (CPC), c’est deux ou trois fois par an. Chaque fois que c’est nécessaire, je vais le voir, et c’est télévisé. Je l’ai au téléphone assez souvent ; récemment à l’occasion de l’affaire Anaky. Nous avons des rapports, je ne dirais pas courtois, mais au delà de la courtoisie, fraternels et amicaux. Souvenez-vous que son parti et le mien ont été alliés. En son temps, nous avons mené certaines batailles ensemble. Après il y a eu des divergences. Ceci n’empêche pas que nous ayons des bonnes relations amicales, la politique est une chose, la fraternité est une autre.

Africa 24 : En décidant d’être candidat à l’élection présidentielle, qu’est-ce que vous promettez aux Ivoiriens ?

ADO : Si j’ai accepté cette candidature, c’est parce que j’ai une ambition pour mon pays. Je trouve que la Côte d’Ivoire est dans un état lamentable. Je ne ferais pas de langue de bois. La situation des Ivoiriens s’est considérablement dégradée. La pauvreté a atteint un seuil critique. Plus de 50 % des Ivoiriens sont en dessous du seuil de la pauvreté. Tout ce qui est infrastructures sanitaires, des routes, de l’éducation sont totalement délabré.

Africa 24 : Qui est le responsable de cette situation ?

ADO : C’est cette crise qui a trop duré. En plus de cela, c’est du fait que le pays n’a pas été géré. Vous savez que dans les transitions, il n’ y a jamais de gestion. Les deux choses sont incompatibles. Chacun se débrouille. Les uns et les autres restent et ne prennent pas de décision. Il faut un gouvernement légitime pour sortir la Côte d’Ivoire de cette situation. Ce que je vais emmener aux Ivoiriens c’est d’abord la paix, la paix, parce que ce pays a souffert d’incompréhension et d’injustice. Egalement, je ramènerai la reconstruction, la bonne gestion et surtout la prospérité.

Africa 24 : Et vous donnerez à manger aux Ivoiriens ?

ADO : Tout à fait. La prospérité passe par là. Il faut que les Ivoiriens puissent manger à leur faim, qu’on n’ait plus 50 % de pauvres. Deuxièmement, que les Ivoiriens puissent se soigner, que les uns et les autres puissent envoyer leurs enfants à l’école sans trop de soucis, surtout, qu’il ait une sécurisation globale du pays, que l’administration soit partout en Côte d’Ivoire. Enfin, qu’il y ait une moralisation plus approfondie de la vie publique. La Côte d’Ivoire est quand même dans un état qui n’est pas du tout acceptable avec toutes ces affaires. Je souhaite que mes compatriotes me fassent confiance, parce que j’incarne le vrai changement dont le pays a besoin.

Africa 24 : Vous serez candidat à l’élection présidentielle, vous avez chiffré votre programme à 10 milles milliards. Où allez-vous trouver cet argent ?

ADO : Le financement du programme n’est pas très compliqué. Il y a les ressources budgétaires, la Côte d’Ivoire a un budget de deux mille quatre cent milliards de francs (2.400.000.000 000 FCFA) quasiment consacré à la consommation et l’effacement de la dette extérieure. Nous devons faire l’effort pour dégager une partie importante de ces ressources pour l’investissement. Deuxièmement, l’allégement de la dette que nous devons pouvoir achever, j’espère sous ma présidence, permettra de récolter des ressources importantes, plus de cinq cent milliards de FCFA par an.

Africa 24 : Vous avez un bâton magique ?

ADO : Non, ce n’est pas un bâton magique. C’est une affaire de bonne gestion. Vous avez dit dans votre introduction, j’ai été Directeur général adjoint du Fonds monétaire international. J’ai réalisé des programmes avec de très grands pays qui ont tout de même des financements plus importants que ceux de mon pays. Par conséquent, l’investissement privé doit venir en renfort et enfin, il y a l’épargne des nationaux. Ce n’est pas un chiffre considérable. La Banque mondiale a chiffré le besoin de financement pour la Côte d’Ivoire dans la période de 2009 à 2015, sur 7 ans, à 17 milles 600 cent milliards, ramener sur 5 ans, ceci fait douze mille cinq cent millions. Le mien, compte tenu de l’environnement international, la crise financière, j’ai été modeste, je l’ai chiffré à 10 milles milliards. Mais j’espère aller bien au-delà des 10 milles milliards sur les cinq ans. J’ajoute que les 10 milles milliards par an c’est sur le fait de deux milles milliards par an pour un budget global actuel de deux milles quatre cents milliards. Je ne dis pas qu’il faut consacrer la totalité du budget à l’investissement mais la marge peut le faire si le pays est bien géré.

Africa 24 : La Côte d’Ivoire a été admise à l’initiative des pays pauvres très endettés par les institutions de Breton Wood. Comment avez-vous accueilli cette décision ?

ADO : C’est une décision heureuse pour la Côte d’Ivoire. Mais c’est le début.

Africa 24 : Faut-il s’en réjouir ?

ADO : S’en réjouir, c’est trop dire. La Côte d’Ivoire est maintenant classée dans une catégorie de pays où on n’aurait pas dû être. Nous voulions être classés pays à revenu intermédiaire. Le constat est là, nous nous sommes très endettés et nous nous sommes très appauvris. Ce n’est pas une question de réjouissance. C’est essayer de tirer profit de tout ce qui existe au plan international pour le financement de l’économie. Ceci étant, cette initiative a été approuvée par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, en fin mars. C’est ce qu’on appelle techniquement le point de décision.

Africa 24 : Je rappelle vous étiez avec Michel Camdessus qui est le concepteur de cette initiative PPTE. Qu’est ce qui a été à l’idée de cette initiative ?

ADO : Nous avons pensé que donner l’argent aux pays pauvres ne suffisait pas. Parce que ces pays avaient une dette très lourde qui dépassait leur richesse nationale, c’est ce qu’on appelle le produit intérieur brut. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, on est quasiment à ce niveau-là. Vous savez, en Europe, le plafond de l’endettement des pays dans l’union européenne est par exemple 66 %. Quand un pays pauvre est surendetté, c’est comme si vous mettez un poids sur ce pays. Et nous avons essayé de trouver un mécanisme pour que ces pays se débarrasse de leurs dettes, mais à condition, premièrement, de faire des efforts pour y arriver et deuxièmement, de faire en sorte que cela ne se répète plus. Pour la Côte d’Ivoire, c’est une bonne chose, je félicite particulièrement le ministre des Finances et le gouvernement. J’estime que c’est une occasion de mettre encore plus de rigueur dans la gestion et je pense que cette rigueur, c’est mon gouvernement qui pourra l’apporter de manière définitive.

Africa 24 : Le sommet de G20 qui s’est tenu à Londres a décidé d’attribuer plus de mille milliards au FMI et la Banque Mondiale pour aider les pays pauvres. Comment cet argent sera mobilisé et de quelle manière faudra-t-il l’utiliser ?

ADO : C’est une question importante pour les pays en voie de développement. D’abord, le paquet qui a été arrêté, c’est le financement du fonds monétaire qui a été triplé, ensuite il y a un projet d’émission de droits de tirages spéciaux. Donc, il faut avoir une partie, même si elle est faible. Enfin, des contributions particulières pour des institutions multilatérales de développement régional, la Banque africaine etc., vont permettre un accroissement considérable ajouté à l’aide publique. A mon sens, il est important d’avoir de l’aide, mais il faut que ces pays se battent pour que le protectionniste et les subventions dans les pays industrialisés soient des problèmes qui soient réglés. Parce que si la Côte d’Ivoire, je prends le cas de mon pays, avait une possibilité d’exporter son coton à des prix raisonnables, son café, son cacao, si la Côte d’Ivoire avait la possibilité d’avoir une ouverture très nette sur les marchés, partout peut-être, n’aurait-on même pas besoin de cette aide, après 4 ans de bonne gestion de ce pays. Aider, c’est bien quand on a des difficultés, mais pour moi ce n’est pas la chose essentielle. Je souhaite que ces pays mettent l’accent sur les bonnes politiques économiques, donnent la priorité à l’investissement, fassent en sorte que l’environnement international soit véritablement ouvert de manière équitable et équilibrée.

Africa 24 : Quand vous étiez Premier ministre en 1990, pourquoi avez-vous instauré la carte de séjour, qui a causé beaucoup de torts aux ressortissants des pays voisins ?

ADO : Vous savez, en réalité, lorsque nous sommes arrivés, la Côte d’Ivoire était en crise, une crise très profonde au plan financier, nous cherchions de l’argent. On avait ce projet de carte de séjour que nous avons mis en œuvre parce que cela devrait apporter de l’argent. Après, malheureusement, ceci avait été utilisé par un certain nombre de gens contre les ressortissants des pays frères. Ceci était inadmissible. J’ai trouvé un projet en place et je l’ai mis en œuvre, donc j’assume mes responsabilités parce que j’aurais pu ne pas mettre en œuvre ce projet. Donc, je ne voudrais pas accuser qui ce que soit. A partir du moment où nous cherchions de l’argent, c’était une fenêtre d’opportunité et nous avons donc assumé. Mais en réalité, la suite a été mauvaise parce que les gens ont subi des tracasseries, de l’escroquerie et ceci a été inacceptable. De mon point de vue, ça a été une bonne chose que cette affaire de carte de séjour ait été abandonnée. Je l’aurais fait moi-même au vu des développements qui ont suivi. C’est le problème fondamental de l’identification qui s’est posée à cette époque, déjà en 1990. Il fallait savoir sans doute quels sont ceux qui ont conceptualisé ce projet, qui était Ivoirien, qui n’était pas. Les uns et les autres n’ont jamais eu le courage de régler ce problème. Il fallait considérer que quand on est dans un pays, on doit essayer de donner le maximum d’opportunités surtout quand il s’agit des frères des pays de la sous région.

Propos retranscrits par I. B. Kamagaté le Patriote.

Le titre est du JCI.net www.j-ci.net




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