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jeudi, 30 avril 2009

Rebelote à Madagascar

Madagascar : Le gouvernement de transition piétine la liberté d'expression


Une série de décisions prises par la Haute Autorité de Transition (HAT) d'Andry TGV Rajoelina , menace sérieusement la liberté d'expression à Madagascar.

Pour commencer, il y a eu l'arrestation de trois manifestants, notamment de “Razily“, le jeune homme qu'on voyait porter un drapeau sur cette vidéo amateur, avant d'être jeté dans un pick-up et brutalement battu par des soldats.


Comme le dit un lecteur sur Madagascar Tribune en ligne :

“Mais quel symbole !!!. Un homme seul qui brandit fièrement le drapeau de son pays arrêté sans ménagement par des militaires sensés justement défendre les couleurs de ce drapeau. Lui même jeté dans le fourgon !!!.”

On ne connaît toujours pas avec certitude ce qu'il est advenu de Razily, mais il est salué comme un héros par les internautes malgaches. Les médias malgaches traditionnels ne semblent pas avoir suivi son sort. Les utilisateurs malgaches de médias citoyens, tels que Solofo Rafeno, sur son compte Twitter et son blog, orchestrent une campagne pour exiger que la Haute Autorité libère Razily et les deux hommes qui l'accompagnaient. Solofo demande aussi à savoir où se trouve un journaliste pro-Ravalomanana qui est porté disparu depuis le changement de pouvoir.

Une pétition circule à présent sur Facebook pour exiger la libération de Razily.

Sur ces entrefaites, dimanche dernier, le gouvernement d'Andry TGV Rajoelina a confisqué le matériel de deux stations de radio, Radio Fahazavana et Radio Mada, qui soutiennent toutes deux le Président évincé Marc Ravalomanana.


Mydago.com raconte la fermeture des deux stations :

“Pendant le jour du Seigneur du 19 avril, la Radio Chrétienne Fahazavana (Lumière) ainsi que Radio Mada et TV Mada ont été détruits par les militaires mutins du Capsat. Il faut reconnaître que ces organes d’informations ont depuis quelques jours gêné, voire irrité le nouveau régime issu du coup d’état de Madagascar. Nous pouvons nous souvenir que déjà depuis quelques jours, par exemple nous avions eu vent de plaintes de brouillage sur Radio Mada. Par ailleurs, d’autres informations ont confirmé que des pressions s’exercent sur les journalistes de la Radio et la télévision nationales (Radio et TVM).”

Ironie de l'histoire, en décembre 2008, c'était la station de télévision VIVA d'Andry TGV Rajoelina qui avait été fermée de force par Marc Ravalomanana, pour avoir diffusé un discours de l'ancien Président Ratsiraka dans lequel ce dernier critiquait sévèrement Marc Ravalomanana et incitait le peuple malgache à se révolter.

Fijery a fait le rapprochement :

“Dimanche dernier, au milieu de toute la splendeur de leur clairvoyance, Andry Rajoelina et Gilbert Raharizatovo ont fait un copier-coller de la décision ridicule de réduire Viva TV au silence, et ont tenté de fermer Radio-Mada et Radio Fahazavana.”

Après cette Némésis, le Président Ravalomanana ferma TV VIVA, Andry TGV organisa des manifestations de rue pour exiger la réouverture de la station de télévision , fit étalage de son indignation devant ce manque flagrant de respect de la liberté d'expression et de la démocratie, et désigna Ravalomanana du nom infamant de “dictateur”. Global Voices a suivi cette crise dans un dossier spécial.

Pourtant, moins de six mois plus tard, après qu'Andry TGV a réussi à s'emparer du pouvoir avec l'aide des mutins, et a proclamé la conquête de la liberté et la défaite de la dictature, les sbires d'Andry TGV sont à présent ceux-là mêmes qui menacent de fermeture les stations de radio et de télévisions, intimidant les journalistes et les blogueurs, interdisant les manifestations publiques et tirant sur les manifestants, tout cela sous prétexte de préserver l'ordre légal et la sécurité publique ; un souci surprenant pour un gouvernement qui, il n'y a même pas deux mois de cela, a lui-même fait usage des manifestations de rue, de l'intimidation et de la violence généralisée pour accéder au pouvoir.

A cause de la violence et des menaces, les commerces et les usines étaient contraints à une fermeture permanente, leurs salariés licenciés, l'industrie touristique autrefois prometteuse, pesant 350 millions de dollars annuels a fait naufrage, les hôtels sont désormais vides. Le gouvernement de la HAT a proposé que les visas d'entrée, qui coûtaient auparavant 60 dollars américains, soient désormais gratuits, une mesure désespérée pour faire renaître le tourisme.

La HAT, qui professait le mois dernier que des élections n'étaient pas nécessaires parce que le peuple s'était déjà exprimé dans la rue, s'est alors mis à interdire tous les rassemblements publics. Comme le rapporte The Cyber Observer:

“Aujourd'hui (mardi 21 avril 2009), le premier ministre de la HAT Monja Roindefo a tenu un conseil extraordinaire au palais d'État de Iavoloha.
Il a été décidé qu'à partir de demain (mercredi 22 avril 22nd), tous les rassemblements politiques sont interdits jusqu'à nouvel ordre dans tout Madagascar.
En vue de maintenir l'ordre public (rappelez-vous que lorsqu'Andry Rajoelina est arrivé au pouvoir, il a proclamé l'état d'urgence dans tout Madagascar), l'État est fondé à prendre une telle décision. Mais d'un autre côté, du fait qu'il y a une vague de contestation massive et qui enfle jour après jour dans tout Madagascar, est-ce vraiment sage d'imposer une telle interdiction ?”

Lundi 20 avril, et à nouveau mardi 23 avril, des foules massives se sont rassemblées à Antananarivo, pour protester contre la fermeture des stations de radio pro-Ravalomanana. Malheureusement, le gouvernement Rajoelina a copié les méthodes de Ravalomanana et a impitoyablement réprimé les manifestants, montrant ce faisant que, si Ravalomanana le “dictateur” n'est plus là, son remplaçant, Andry TGV Rajoelina ne tient pas sa promesse d'apporter la liberté et la démocratie à Madagascar. Un des reproches que faisaient les partisans d'Andry TGV Rajoelina à Ravalomanana était l'utilisation de civils armés mêlés aux soldats lors de la répression des manifestations. Et à nouveau, on a vu des civils porter des armes aux côtés des militaires, et on a même vu certains d'entre eux donner des ordres aux soldats, lorsqu'ils tiraient ensemble sans sommations sur les manifestants, et selon certains témoignages, utilisaient des balles mortelles.

Selon des témoins, Associated Press et la BBC [en anglais], deux personnes ont été tuées et plus de 15 ont été blessées lundi 20 avril.

“Jonny Hogg de la BBC en ville a vu au moins une personne abattue de dos à bout portant, et a dit que des voitures étaient en feu à proximité de bâtiments publics.“

“Radio Madagascar a indiqué que de nombreuses victimes ont été emmenées à l'hôpital principal d'Antananarivo. Il n'y a pas eu de confirmation immédiatement de l'information ou de déclaration officielle sur les victimes ou les blessés .”

“Un reporter de Asssociated Press a vu des gangs ériger des barricades et bruler des voitures dans la capitale, les troubles les plus graves étaient concentrés près d'un parc public du centre-ville qui est devenu un lieu de rassemblement pour les manifestations.
Les partisans du président démis Marc Ravalomanana ont défié l'interdiction de manifester promulguée par le leader soutenu par l'armée Andry Rajeolina après des affrontements répétés.”

Les soldats ont ensuite voulu envahir HJRA, l'hôpital Ravoahangy Andrianavalona, où les blessés étaient évacués - dans quel but, on se le demande - mais les manifestants ont réussi à les en empêcher.

The Cyber Observer propose une explication à la tentative d'occupation de l'hôpital par les soldats [en anglais] :

“D'après certains témoins oculaires, deux personnes ont été tuées par les forces de sécurité à Anosy. Cette information a été confirmée plus tard par Radio Fahazavana (cette radio émet à nouveau depuis aujourd'hui 13h30 heure de Madagascar - nous ne savons pas d'où elle émet actuellement et si elle a été autorisée à nouveau par le Ministre des télécommunications). Les corps de ces deux personnes sont maintenant à l'hôpital HJRA à Andrefan’Ambohijanahary.
Selon un autre témoin, des militaires sont venus à l'hôpital HJRA pour prendre les corps de ces deux personnes. Ils étaient lourdement armés. Les gens rassemblés autour de l'hôpital ne les ont pas laissés faire. À l'heure où je tape ce billet, Radio Fahazavana appelle les auditeurs à aller à Andrefan’Ambohijanahary pour protéger l'hôpital HJRA”.

En février dernier, lors du “Samedi rouge”, Ando Ratovonirina, caméraman de la chaine de télévision RTA a été tué alors qu'il couvrait les manifestations par la garde du président Marc Ravalomanana, qui était alors contesté. Deux mois plus tard, un journaliste de la même chaine de télévision, Tompokolahy Razafindraibe, a été tué par le gouvernement d'Andry TGV Rajoelina, toujours pendant qu'il travaillait.

La liberté d'expression échappe toujours à Madagascar. Fijery publie une analyse sobre du peu d'impact du journalisme sur la vie malgache :

“…qu’est-ce qu’une vie de journaliste dans un pays ou même la sacro-sainte Constitution n’est pas respectée ? La presse a déja payé un lourd tribut dans cette crise, avec deux décès et plusieurs agressions. Et vu le faible niveau de respectabilité de la pratique politique et des politiciens dans notre pays, il est inutile pour les journalistes Malgaches d’adopter littéralement la devise de Jean-Jacques Rousseau : Vitam impendere vero.”

Billet en anglais publié par Mialy Andriamananjara

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