topblog Ivoire blogs

samedi, 11 avril 2009

Coted'Ivoire/PPTE: Le plus dur commence

COTE D’IVOIRE :
"Après l’admission au PPTE, le plus dur commence pour le pays"
Fulgence Zamblé



Mardi, à la suite du FMI, le 27 mars, la Banque mondiale a approuvé le prêt préférentiel de 565 millions de dollars à la Côte d’Ivoire dans le cadre du programme PPTE, afin que ce pays puisse faire face à une pauvreté croissante aggravée par une guerre civile de plusieurs années.

abidjan_1__1_.jpgMais en retour, indique la Banque mondiale, le gouvernement ivoirien doit présenter des gages de bonne gouvernance et de transparence en soumettant à ces institutions financières des rapports réguliers sur la gestion des fonds, mais aussi sur les recettes et dépenses relatives à la production du pétrole, du cacao et du café notamment.

Avant de bénéficier de ce prêt, la Côte d’Ivoire a dû finaliser, avant la fin de décembre 2008, un Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) dans lequel elle s’est engagée à réduire le taux de pauvreté de 30 pour cent d’ici à 2015. Et sa mise œuvre devrait coûter 35,29 milliards de dollars, soit 5,06 milliards de dollars par an.


COTE D’IVOIRE :
"Après l’admission au PPTE, le plus dur commence pour le pays"
Fulgence Zamblé

ABIDJAN, 2 avr (IPS) - Le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, a pris l’engagement de "veiller à la gestion rigoureuse des fonds de l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE)", à laquelle son pays a été admis la semaine dernière. C’est un prêt préférentiel de 565 millions de dollars sur trois ans.

"Le premier défi que nous avons à relever avec cet appui financier, est celui de sa bonne utilisation. C’est une question de responsabilité et je veillerai que cela se fasse dans la rigueur et la transparence. J’y attache du prix", a déclaré Gbagbo, mardi à la télévision nationale, à la suite de l’accord de financement annoncé par le Fonds monétaire international (FMI).

"Ce prêt a pour objectif de s’attaquer frontalement aux problèmes de la pauvreté, de commencer à y trouver des solutions, d’accélérer la croissance et d’améliorer donc le bien-être des Ivoiriens", a expliqué à la presse, le représentant du FMI à Abidjan, Philippe Egoumé, au sortir d’une audience avec le président Gbagbo. Et pour commencer, indique-t-il, le pays va bénéficier d’un premier décaissent d’environ 241 millions de dollars.

La société civile ivoirienne approuve l’engagement du chef de l’Etat, mais affirme que cela ne l’empêche pas d’appeler les autorités de ce pays d’Afrique de l’ouest à "tout mettre en œuvre pour que ce programme profite réellement aux populations en souffrance depuis près d’une décennie".

"Si nous sommes restés longtemps un pays à revenu intermédiaire, c’est que les ressources nationales étaient mal gérées", affirme à IPS, Drissa Traoré, président du Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. "Maintenant que nous allons bénéficier de gains substantiels, il faut qu’ils soient utilisés de façon rigoureuse et rationnelle pour changer qualitativement le quotidien des Ivoiriens", ajoute-il.

Pour Patrick N’Gouan, président de la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme (LIDHO), une ONG basée à Abidjan, "Nous souhaitons même surveiller les fonds que va générer l’admission au programme. Il importe que les bénéfices intermédiaires aient un impact significatif sur les populations car nous ne voulons pas de gaspillage".

De son côté, Rosalie Touré, de l’Association des femmes du vivier (AFV), une ONG basée à Abidjan, plaide pour une prise en compte considérable des activités du monde rural. "Ce bol d’air doit surtout servir à financer des projets de développement en milieu rural où des milliers de femmes se battent pour échapper à la pauvreté", dit-elle à IPS.

Cependant, si la société civile présente l’initiative PPTE comme le principal remède à la pauvreté en Côte d’Ivoire, ce n’est pas le cas du président du Mouvement pour la renaissance ivoirienne (MIRE), un petit parti politique ivoirien.

"Il faut mettre à la retraite tous ceux qui croient à l'initiative PPTE. C’est un leurre", a lancé Gnamien Konan, la semaine dernière à Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne. "Pour sortir de la pauvreté, nous disons que la seule alternative est de recommander aux jeunes en chômage de prendre des risquer en prenant des initiatives", a soutenu le président du MIRE.

"De toutes les façons, c’est un pas très important qui a été franchi (par la Côte d’Ivoire) en étant admise à l’Initiative PPTE, mais le plus dur commence pour les Ivoiriens", estime Martinien Gadou, un économiste ivoirien. "Il y a le point de décision à atteindre, mais il faudra maintenir un climat social et politique paisible durant toute cette période, ce qui n’est pas évident", dit-il à IPS.

Selon Gadou, "Si le peuple n’est pas informé du fait qu’il ne s’agit pas de moyens financiers pour augmenter les salaires des travailleurs, nous risquons de faire face à une fronde sociale inutile".

diby_charles.jpgQuant au gouvernement, "il devra faire preuve de rigueur dans la gestion des ressources nationales, surtout au niveau des secteurs de l’agriculture, des mines et de l’énergie", souligne Gadou. "La mise en œuvre des réformes est importante pour accélérer la croissance économique et accroître le bien-être de la population compte tenu notamment de la vulnérabilité du pays aux risques exogènes et de sa dépendance à l’égard des ressources extérieures", explique-t-il.
Selon les résultats d’une enquête sur le niveau et les conditions de vie des ménages, conduite en 2008 par l’Institut national de la statistique, et publiés en novembre dernier, près de la moitié (48,94 pour cent) de la population ivoirienne vit sous le seuil de pauvreté avec moins d’un dollar par jour. Ce qui avait pour conséquence un difficile accès des populations aux services sociaux de base.

Par exemple, 12 pour cent des Ivoiriens n’ont pas accès à un centre de santé, 52 pour cent déclarent consulter en premier lieu un praticien traditionnel en cas de maladie parce qu’ils sont pauvres. Et 34 pour cent des enfants issus des ménages pauvres n’ont pas accès à l’école maternelle et primaire.

Selon des analystes, la Côte d’Ivoire ne devrait donc pas atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui sont de réduire de moitié, d’ici à 2015, l’extrême pauvreté et la faim, de réduire de trois quarts la mortalité maternelle, et de deux tiers la mortalité infantile.

La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis le 19 septembre 2002, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire.

Après la signature d’un accord de paix signé en mars 2007 à Ouagadougou (Burkina Faso), les observateurs de la crise et les populations ivoiriennes s’attendaient à l’organisation rapide d’élections dans le pays. Malheureusement, l’attente continue d’être longue et l’incertitude plus grande. (FIN/2009)

Les commentaires sont fermés.