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samedi, 28 mars 2009

Les faux défis de Khaddafi

Démocratie africaine : Les faux défis de Khaddafi

Par MINGA Siddick
Le Challenger,
24/03/2009
Mardi 24 mars 2009

Le vent de la démocratie des années 90 a secoué sur le continent africain de vieux baobabs de la tyrannie et du despotisme. Devant la menace des Occidentaux de priver de jus les molosses du Sud qui n’abandonneraient pas leur façon éhontée de gouverner, de nouvelles inspirations ont fleuri partout, introduisant surtout en Afrique la notion du partage du pouvoir.


kadafi.jpgC’est alors que, dans de nombreux pays, après des sacrifices parfois inimaginables, grâce à des oppositions fortes, les Lois Fondamentales vont être " revues et corrigées " avec comme principale preuve de l’assimilation de la leçon de la Baule, la limitation des mandats à deux. De cinq ans chacun, en général. On avait même fini par s’habituer à cette expression modèle des nouvelles constitutions africaines : " Un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. " On pouvait parler alors de contagion politique vu l’enthousiasme de tous les pays à s’inscrire dans le registre d’une " nouvelle ère démocratique ".

Nombreux sont les intellectuels du continent qui ont applaudi ce changement de cap dans la gestion du pouvoir. Bien évidemment, les plus heureux étaient ceux qui semblaient faire carrière dans l’opposition et qui voyaient défiler les années sans espoir d’être élus un seul jour à la tête de leurs pays. Parmi ces opposants, ceux qui ont vu s’ébranler de façon naturelle les obstacles à leur accession au trône ont commencé par introduire la " formule magique " dans la Constitution du pays. Ainsi, après la pluie des agitations politiques, il y eut comme un doux vent charriant une bonne dose d’espérance.

Des chefs d’État jadis infréquentables ont même changé leur fusil d’épaule pour se rendre non seulement sociables et serviables, mais aussi imaginatifs et créatifs. Beaucoup de citoyens, anonymes comme moi, naïfs comme moi, ont cru à la fin de l’absurde en politique. C’était sans compter avec la corruptibilité du pouvoir et la perversité des hommes politiques dont la sagesse - si sagesse ils ont jamais eue - s’effrite au fil de l’exercice. L’effet de mode est vite passé et la fascination des hauteurs, qui a pris le pas sur la bonne foi, a provoqué le retour à la case départ. Les vieux démons ont refait surface. Alors, valses de modifications des Constitutions. Sans État d’âme. Pêle-mêle, on peut citer : le Gabon, la Guinée-Conakry, le Togo, le Cameroun, le Tchad, l’Algérie…

Je vais pouvoir m’empêcher de parler aujourd’hui de l’hypocrisie assassine des dirigeants occidentaux qui, en excellents marionnettistes, font danser leur tango démodé à nos chers présidents et qui, devant les hécatombes provoquées par leurs conseils, se déclarent " indignés " ou " attristés ". J’en parlerai plus tard, inch’Allah.

Je veux juste m’indigner et m’attrister, moi, face au recul démocratique en Afrique. Je veux m’indigner et m’attrister devant les comportements amnésiques des dirigeants qui, gonflés par des amitiés personnelles avec des politiciens européens ou par leurs propres rêves de déité, jettent aux orties des lauriers glanés dans la douleur, au prix du sang de la jeunesse africaine abondamment versé dans les années 90, pour voir se coucher le soleil des dictatures, pures et dures ou veloutées. Pour voir se lever le jour de la démocratie, la vraie, l’universelle.

Je veux m’indigner et m’attrister devant l’exploitation abusive et sans vergogne du nom du peuple, pour humilier le peuple, pour assujettir le peuple, pour tuer le peuple. Le peuple sous les Tropiques a le dos si large ! Il porte tout. Il supporte tout. Avec un stoïcisme olympien. Quasi suicidaire. Mais je veux surtout m’indigner et m’attrister face aux propos de celui qui dit œuvrer aujourd’hui pour les " Etats-Unis d’Afrique " et à qui le destin de l’Union Africaine - son bébé - vient d’être confié pour quelque temps. "Je prends parti pour les amendements des Constitutions africaines. Je suis pour la liberté de la volonté populaire, il faut que le peuple choisisse celui qui doit le gouverner, même pour l’éternité… Ce que je voudrais dire, c’est qu’annuler ou supprimer tout article qui limite le mandat du président, ce n’est pas antidémocratique".

Voilà un extrait des déclarations de Sieur Kadhafi à l’occasion d’un banquet à la présidence nigérienne il y a quelques jours. Après son malheureux soutien explicite aux putschistes de Nouakchott. Personnellement, je trouve ces propos tristes et désolants de la part de celui qui, depuis plusieurs années déjà, apparaît comme le nouveau héraut de l’unité africaine, du panafricanisme. A coup sûr, dans un pays où l’on parle de plus en plus d’amendement de la Constitution, ces phrases ne peuvent que donner des ailes au pouvoir pour mieux s’asseoir. A coup sûr, quand on connaît le poids du Guide en pétrodollars et son aura envoûtante dans la sous-région, ces paroles ne peuvent que donner des idées à d’autres dirigeants qui avaient secrètement cette envie de " faire la chose " mais manquaient encore de volonté et de courage.

Je crois que le président Muammar Khaddafi - un nom dont la complexité de l’orthographe est à l’image de l’ambiguïté du personnage - n’a pas pensé à la jeunesse en encourageant l’éternité au pouvoir. Il n’a pas pensé à l’avenir du continent qu’il dit aimer par-dessus tout. Il n’a pas pensé à tous ceux qui ont donné leur vie pour qu’enfin l’Afrique connaisse la paix durable grâce à la démocratie. Il n’a pensé qu’à lui seul et à tous ses pairs qui lui mangent dans la main et qui seront prêts à tout pour que lui, l’éternel Colonel - il est peut-être juste quelque part - soit le président à vie du futur pays qu’on appellera "Les Etats-Unis d’Afrique". Lui qui est au pouvoir dans son pays depuis 40 ans ! Et qui sait si, dans l’histoire du continent, on ne parlera pas un jour de la dynastie des Khaddafi ? Si toutes les dernières déclarations de Khaddafi sont l’expression de défis qu’il veut lancer à l’intelligentsia africaine, c’est bien son droit. Mais j’estime que les vrais défis sont ailleurs.

Et dire que moi aussi j’avais commencé à être séduit par cet homme ! Tiens, ma grand-mère avait donc raison, elle qui me disait souvent : " Il vaut mieux ne jamais prendre de mauvaises habitudes car, vois-tu, le vieux molosse ne laisse plus sa façon éhontée de s’asseoir. " Je comprends mieux pourquoi on dit que l’habitude est une seconde nature.

Bien à vous.

Par MINGA Siddick

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