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samedi, 21 février 2009

La crise frappe... l'Afrique de l'Ouest

samedi 21 février 2009
La crise frappe... et change l'Afrique de l'Ouest
Reportage


Les pays africains francophones, à l'écart de la mondialisation, ne sont pas touchés de plein fouet. Mais la raréfaction du crédit, la baisse de l'aide au développement et la chute des cours des matières premières les menacent. Seule issue : renforcer leur union.

Touchés eux aussi, les pays africains francophones s'en sortent plutôt moins mal que certains pays occidentaux hier cités en exemple. Ils s'appuient sur leur Union à huit et leurs petites entreprises.

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NIAMEY, ABIDJAN (de notre envoyé spécial). - Doivent-ils en rire ou en pleurer ? En cette matinée d'hiver, au Palais des congrès de Niamey, les responsables économiques nigériens applaudissent en tout cas IbrahimIddi Ango. « C'est injuste, lance le président de la Chambre régionale de commerce. Nous avons une croissance de 4 à 6 %, une inflation de 2 à 3 %, nos pays ont fini d'assainir leurs finances publiques, et nous sommes jugés comme des « pays à risques », avec des taux d'intérêt de 12 %, alors que l'incurie, ailleurs, est totale ! »

« Aujourd'hui, avec la crise, confie-t-il un peu plus tard, ça nous prend aux tripes. La crise frappe les pays dits développés qui, jusqu'à la veille, étaient bien notés. ' Placez votre argent en Islande ', disait-on ! En fait, la bourse a chuté là-bas de 94 %, alors que celle du Ghana a progressé de 27 %. Et l'injustice continue : depuis la crise, les taux d'intérêt sont à 2-3 % dans les pays riches. Nous, nous sommes toujours à 12 %. »

Des dégâts à craindre

IbrahimIddi Ango, patron d'une entreprise diversifiée - du ciment à l'assurance - employant mille personnes, parle au nom de ses collègues des huit pays de l'UEMOA, l'Union économique et monétaire ouest-africaine. La région, parmi les plus pauvres au monde, paie certes ses multiples handicaps internes. Bien qu'apaisée, la Côte d'Ivoire, sa locomotive, n'est pas sortie de l'impasse politique, et si l'allégement de sa dette, attendue prochainement, n'a pas lieu, de nouvelles tensions sont à craindre. Les Africains paient aussi les dégâts des politiques imposées par les économies dominantes. Et ce n'est pas fini.

« Nous sommes à l'abri d'un choc frontal car peu mondialisés, explique Soumaïla Cissé, le président de la commission de l'UEMOA (analogue à la commission de Bruxelles). Mais les banques françaises occupent 60 % de notre marché et en raison de leurs difficultés, elles vont resserrer un peu plus le crédit. Nous sommes inquiets aussi pour l'aide publique au développement et pour les cours des matières premières. Leur baisse va affaiblir les finances publiques, donc les budgets de santé ou d'éducation. »

Que peuvent faire alors, aujourd'hui, les Africains ? Une seule chose : ne plus compter que sur eux-mêmes. D'abord, renforcer l'Union : « Nos échanges internes se développent, mais ils ne représentent que 15 % du total, contre 70 % en Europe. » Poursuivre le « programme économique régional » 2006-2010 d'environ 4 milliards d'euros, dont 70 % pour les infrastructures. « Sur soixante-trois projets, plus de la moitié ont démarré. » Tenir bon, aussi, face à l'Union européenne qui les pousse à ouvrir leurs marchés.

Ils ont longtemps résisté ensemble. Puis la Côte d'Ivoire a signé, en décembre 2008, et le Ghana devrait suivre. « Ils ont le statut de pays à revenus intermédiaires, expliqueSoumaïla Cissé, qui co-dirige le groupe des négociateurs africains, et ils risquaient d'être évincés des marchés, notamment celui de la banane. Nous allons réintégrer cet accord intermédiaire dans l'accord global à finaliser, d'ici au mois de juin 2009. En tout état de cause, le bouclier reste : notre marché ne va s'ouvrir totalement que dans quinze ans. »

« Notre agriculture reste déficitaire »

« Peut-être faut-il amener de nouvelles méthodes pour produire plus, ajoute-t-il. Notre agriculture est protégée depuis quarante ans et elle reste déficitaire partout ! » De même, propose-t-il de « sortir des sentiers battus de la coopération », dont « l'impact sur la création de richesses est très faible. » Et de faire jouer la concurrence.

« Avec la crise, souligne IbrahimIddi Ango, beaucoup d'étrangers viennent nous voir. » Areva vient de décrocher le contrat d'Imouraren, la deuxième plus grande mine d'uranium au monde dans trois ans, mais le Niger a obtenu le tiers des droits de la société exploitante et une hausse de 50 % du prix du minerai. « Les Chinois et les Canadiens poussaient. » De même, les Chinois achèventune raffinerie, construisent une centrale électrique au charbon...

Le modèle des PME bretonnes

Parallèlement, les Huit, pour transformer enfin leur produits, veulent jouer la carte des petites et moyennes entreprises. « Pour le coton, il faut aller au-delà de l'égrenage, comme on essaie de le faire avec le coton biologique. On pense à une mini-filature », indique, par exemple, le très pragmatique Soumaïla Cissé. En 2006, il a trouvé un modèle : celui des PME bretonnes.

Depuis, les Huit et la Bretagne ne se quittent plus. Ils sont même décidés à « prospérer ensemble », comme l'a répété, il y a quelques jours, Bernard Angot, le président de Bretagne international, de passage à Niamey et Abidjan, avec une quinzaine d'entreprises bretonnes.


Michel ROUGER.

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