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vendredi, 23 janvier 2009

COTE D’IVOIRE :Fin de la culture cotonnière ?

COTE D’IVOIRE :
La culture cotonnière ne motive plus malgré de nouvelles mesures
Fulgence Zamblé

MBENGUE, Côte d’Ivoire, 16 jan (IPS) - Le jour où Dokatiené Soro, 46 ans a rangé sa charrue et mis en vente ses bœufs et ses engrais, il venait d’abandonner la culture du coton malgré lui. Quatre ans après, ce paysan de M’Bengué, dans le nord de la Côte d’Ivoire, n’a pas changé d’avis. "Je ne suis toujours pas motivé à revenir au coton", affirme-t-il à IPS.


Père de cinq enfants, Soro avait hérité de ses parents décédés il y a 15 ans, une vingtaine d’hectares de terres pour faire du coton. "C’était une fierté pour mon père d’être chaque année le meilleur cultivateur de coton de la région avec une production de dix tonnes par campagne et un revenu annuel de deux millions de francs CFA (environ 4.000 dollars)", se souvient-t-il.

"Aujourd’hui, cette culture a perdu de sa valeur et elle ne nous rapporte rien", souligne-t-il. Déçu, après la chute du prix d’achat en 2004, de 200 à 150 FCFA le kilogramme (de 0,4 à 0,3 dollar), Soro a décidé de se consacrer à la culture vivrière et à d’autres cultures commerciales rentables, comme la noix de cajou.

De son côté, à quelques mètres du domicile familial, Torna Coulibaly, 44 ans, met de l’ordre dans son matériel avant de prendre la direction des champs. "Je vais chercher du maïs et du mil. Cette année, ma récolte a été bonne et je vais écouler la moitié sur le marché", dit-il à IPS. A l’évocation du coton, il soupire un instant et répond : "C’était comme une identité pour nous, mais nous sommes en passe de la perdre".

Selon Coulibaly, depuis le déclenchement de la crise politico-militaire dans ce pays d’Afrique de l’ouest en 2002 et le différend qui a opposé les producteurs aux entreprises cotonnières vers la fin de l’année 2006 pour le paiement des arriérés dus aux planteurs, beaucoup de choses ont changé dans les esprits.

"Pour certains d’entre nous, cette crise est restée comme quelque chose qui a marqué l’arrêt de mort du coton", soutient Coulibaly. "Nous avons été humiliés et personne ne voulait revivre cette situation parce que nous savions que le contexte de crise allait durer", ajoute-t-il.

Responsable d’une des Organisations professionnelles agricoles de la région, Seydou Sékongo explique que "ces dernières années, il nous fallait re-motiver les paysans. Les productions de coton ont connu une baisse parce que de nombreux planteurs se sont détournés de la culture; le prix d’achat du produit est resté bas et les taxes appliquées par les Forces nouvelles (ex-rébellion) sont très élevées". En plus, les producteurs ont manqué d’encadrement et de financement adéquats.

Comme résultat, indiquent des professionnels de la filière, la production de coton est passée de 267.000 tonnes en 2005-2006 à 145.000 tonnes en 2006-2007, soit une baisse de plus de 45 pour cent. "Nous aurons encore moins pour la campagne 2007-2008. Et si rien n’était fait dans l’urgence, nous aurons une disparition programmée du coton au nord", souligne Sékongo à IPS. C'est la principale culture d'exportation de cette région du pays.

En décembre dernier, au cours d’une conférence de lancement de la campagne cotonnière, les ex-rebelles qui occupent cette partie du territoire, ont annoncé un certain nombre de mesures pour relancer la culture.

Ces mesures concernent notamment la baisse des taxes sur le transport du coton. Pour l’envoi des récoltes vers les usines d’égrenage, les transporteurs ont été invités à payer un forfait de 30.000 FCFA (environ 60 dollars) par mois au lieu de 50.000 FCFA (environ 100 dollars) par voyage. Pour leur part, les camions d’évacuation du coton graine vers les ports du pays ont vu la taxe baissée de moitié, puisqu’ils doivent payer désormais 65.000 FCFA (130 dollars) par voyage au lieu de 130.000 FCFA (260 dollars).

En outre, pour soutenir ces décisions, le prix d’achat au producteur passe à 185 FCFA (0,37 dollar) le kilogramme contre 150 FCFA (de 0,3 dollar), soit une hausse de 23,3 pour cent environ.

"Ce sont des mesures qui, nous l’estimons, vont permettre à nos parents de retrouver un brin de sourire et savoir que l’espoir n’est pas totalement perdu", avait indiqué à cette occasion Alphonse Soro, président du comité de suivi de la filière coton et anacarde dans les zones ex-rebelles.

"Depuis l’annonce de cette décision, nous sommes soulagés", déclare à IPS, Ousmane Dembélé, un transporteur basé à Korhogo, la ville chef-lieu de la région. "Nous pensons que nos collègues qui avaient décidé de mettre un terme à leurs activités en raison des tracasseries et des fortes taxes, vont songer à revenir (au coton)".

Si ces mesures sont bien accueillies par ce groupe d’acteurs de la filière cotonnière, les producteurs, eux, restent toutefois mesurés dans leurs appréciations. "C’est encore peu. Nous étions à 200 FCFA avant la crise et en passe de connaître une hausse du prix. En fixant le prix à 185 FCFA et en maintenant encore des taxes, je ne vois pas ce qui nous arrange réellement", soutient Coulibaly, l’un des paysans ayant abandonné la culture du coton.

Son compagnon Dokatiené Soro déclare à IPS : "De toutes les façons, il faudra attendre la prochaine saison pour savoir s’il faut revenir ou pas. Si tout se passe bien et que les camarades perçoivent sans difficulté leur argent, ainsi que des intrants à moindre coût, les choses peuvent changer en ce qui me concerne".

Economiste basé dans la capitale économique ivoirienne, Abidjan, Firmin Akoto croit que dans un premier temps, les nouvelles mesures vont permettre d’éviter la sortie du coton du territoire pour les pays voisins. "C’est déjà une première urgence à laquelle il fallait faire face. Ecouler près de 100.000 tonnes hors du territoire constituait un manque à gagner considérable", explique-t-il à IPS.

Concernant les réticences à la relance de la culture cotonnière, Akoto affirme "qu’il fallait s’y attendre. Les conséquences (du déclin du coton) ont été immédiates pour une population qui devrait survivre. Maintenant, tout un mécanisme doit être mis en place afin que les cotonculteurs soient rassurés et refassent confiance aux entreprises".

"La tâche sera délicate, elle ne se fera pas sur une année en prenant des mesures pour amadouer les producteurs. Mais c’est un travail de longue haleine. Au bout, il faudra rétablir la chaîne de la confiance rompue", ajoute Akoto.

La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis plus de six ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée de cette partie du territoire. Des élections prévues en novembre dernier n’ont pu avoir lieu pour sortir le pays de la crise. Une nouvelle date devrait être trouvée dans les prochaines semaines, selon des analystes. (FIN/2009)

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