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dimanche, 28 décembre 2008

Cacao antistress

e cacao est un antidépresseur, et sous toutes ses formes. Dégustez-le noir et amer : il tonifie l'esprit et chasse le mauvais cholestérol, paraît-il.


Cacao antistress, par Alain Faujas
LE MONDE | 27.12.08 | 13h21
Achetez-le à la tonne sur le marché de Londres, vous ferez un bon placement : depuis le 1er janvier de cette année calamiteuse, son cours y a progressé de quelque 75 %, et il a battu un record vieux de vingt-trois ans en se hissant à 1 820 livres la tonne, mardi 23 décembre, pour consolider à 1 783 livres, le lendemain.


En ces temps d'apocalypse boursière, où les étoiles explosent en vol les unes après les autres, il est apparemment la seule matière première à poursuivre imperturbablement son ascension.

Qu'on ne s'imagine pas les Chinois drogués à la poudre issue de la cabosse, fruit du cacaoyer, comme ils ont pu l'être avec le minerai de fer brésilien. La consommation de chocolat viennois crémeux n'a pas franchement augmenté non plus.

La raison de cette anomalie s'appelle la Côte d'Ivoire. Champion du monde des exportations de cacao (40 % du marché mondial), ce pays voit en effet sa production baisser dangereusement. Les volumes de fèves livrés dans les ports d'Abidjan et de San Pedro ont baissé, en novembre, de 30 % par rapport à novembre 2007. Certains accusent la maladie "de la cosse noire" ; d'autres, le mauvais état des cacaoyères ivoiriennes après des années de guerre civile.

Il existe des raisons politiques. Le cacao a été longtemps une source occulte et considérable de revenus pour les pouvoirs en place à Abidjan. Les institutions internationales se sont émues des financements d'armements au nez et à la barbe des observateurs.

Le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer qui enquêtait sur les malversations dans la filière cacao a disparu en 2004 et a été assassiné selon toute vraisemblance. Depuis le mois de juin, mais sans lien avec cette disparition, la quasi-totalité des anciens dirigeants du secteur croupissent en prison pour fraude.

Reste de ce lourd passé une fiscalité délirante, qui laisse au planteur ivoirien "moins de 40 % du prix de vente, quand le Ghanéen en perçoit 70 % et le Nigérian 90 %", selon Madani Tall, directeur des opérations de la Banque mondiale à Abidjan. Il demande au gouvernement ivoirien une fiscalité "plus acceptable". En attendant une hypothétique réforme fiscale, les planteurs se tournent vers l'hévéa. Le cacao ivoirien n'a donc pas fini de se raréfier, poussant ses cours mondiaux au firmament.

Alain Faujas

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