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lundi, 22 décembre 2008

HONORE SEA “Mon audace a payé”

HONORE SEA

“Mon audace a payé”

Conseiller municipal à la mairie du Plateau, Honoré Séa a occupé également les hautes fonctions de Député à l’Assemblée nationale. Ce qui ne l’a pas empêché de se faire un nom dans le milieu du show-biz ivoirien. En qualité d’organisateur de spectacle, il continue de faire danser le public avec des concerts sporadiques. Pour Top Visages, l’homme a accepté de lever un pan de voile sur sa vie.



Top Visages 22/12/2008 (09h00)

C’est son mariage très médiatisé avec la chanteuse Reine Pélagie qui a contribué à rendre Honoré Séa très populaire dans le milieu du show-biz ivoirien. Fils d’un fonctionnaire des PTT et d’une ménagère, le jeune Honoré n’a pas perdu assez de temps sur les bancs des classes. Très tôt, il cherche à travailler pour aider sa famille. Après la Terminale au lycée de Daloa, l’homme met le cap sur Abidjan en quête d’une situation meilleure. Peu temps après, il se retrouve à la mairie d’Abidjan en qualité de rédacteur. Puis au Cabinet du Maire d’Abidjan, avant d’occuper le poste de chargé de mission. Et même d’assurer plus tard l’intérim de Chef de cabinet du maire.




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En 1990, grâce à l’expérience acquise aux services des différentes équipes municipales qui se sont succédé à la tête de la Mairie du Plateau, Séa se présente aux législatives en tant qu’indépendant et gagne la bataille contre toute attente.

Séa entre dans la cour des grands avec une histoire qui part de rien pour s’inscrire dans la page des élites de son pays.

• Quand vous dites que vous êtes partis de zéro, cela veut dire quoi ?

- Je n’avais rien du tout. Mes parents ne m’ont pas aidé. Je n’ai pas eu de soutien ni d’aval pour commencer mes activités. Je me suis armé seulement de courage et de ma foi pour me battre dans ma vie. Je t’assure que quand le courage est allié à la foi, cela fait de vous quelqu’un. C’est ce qui m’a permis de me frayer un chemin dans la vie.

• C’est grâce à cette foi que vous avez été élu député après une campagne électorale à pied ?

- Oui. C’est vrai. J’ai été élu député de la commune du Plateau après avoir fait ma campagne électorale à pied. Je n’avais pas de sponsor ni de parrain. Ce sont des choses qu’on oublie rarement. Je le dis avec beaucoup de modestie, je suis quelqu’un de très populaire. Je suis très aimé.

• Et très audacieux à la fois. N’est-ce pas ?

- C’est une grâce qui n’est pas donnée à tout le monde. Il ne faut pas attendre d’avoir le milliard pour faire ce que tu as à faire. Quand je créais ma société d’organisation de spectacle, je n’avais pas un rond en poche. Mais j’ai réussi à la monter. C’est avec mon salaire d’agent de mairie que j’ai établi le registre de commerce. C’est cette même audace qui m’a poussé à présenter ma candidature à la députation. Et ç’a payé.

• Et comment cela a commencé ?

- J’étais président des Jeunes du Plateau. Et quand je fais une campagne pour un candidat, ça marche. J’ai battu campagne pour Emmanuel Dioulo qui était mon père spirituel. En 1985, j’ai intégré l’équipe du conseil municipal du Plateau. J’étais l’un des plus jeunes conseillers municipaux à l’époque. J’avais 24 ans. J’ai fait la campagne de Sékou Sangaré, celle de Edmond Basque aussi avant de passer à la mienne. J’ai dirigé presque toutes les campagnes de ceux qui ont été les élus de la commune du Plateau. Alors pourquoi moi, je ne gagnerais pas à mon tour ?

• Mais votre élection n’était pas évidente en tant que candidat indépendant. En plus de votre jeune âge ?

- Dans l’histoire de la ville d’Abidjan, on n’a pas encore eu un candidat indépendant qui ait accédé à l’Assemblée nationale. A l’intérieur du pays, il y en a eu. Mais à Abidjan, il n’y en a pas eu à part moi. Donc, je suis le seul à accomplir cette prouesse.

• Pourquoi n’avez-vous brigué qu’un seul mandat ?

- Effectivement, je n’ai fait qu’un seul mandat. Celui de 1990 à 1995. Je n’ai pas été battu à une campagne. On m’a seulement empêché de briguer un second mandat.

• Ah bon !

- Oui. On m’a empêché de me présenter. Et je ne me suis plus présenté. C’est tout. Sur ce point, je ne peux pas en dire plus.

• Il se dit que vous étiez le bon petit du président Houphouët ? Est-ce vrai ?

- Oui. C’est vrai, j’ai travaillé avec le Président Houphouët. J’étais son plus jeune député à l’époque. Donc, il m’a adopté comme son fils. C’est un privilège qui n’est pas donné à tout le monde. Aujourd’hui, les gens parlent d’Houphouétisme partout. Moi, je suis le fils d’Houphouët.

• Beaucoup de choses ont été dites sur vous à l’époque du président Houphouët. Pouvez-vous nous en parler ?

- Le président Houphouët avait beaucoup d’affection pour moi. Il me portait vraiment dans son cœur. Je pouvais entrer dans sa chambre quand il m’appelait. Il y avait une grande complicité entre nous. Cela m’a valu assez de problèmes avec ceux qui se livraient la guerre de succession. Quand il était là, c’est lui seul que je voyais. Je n’écoutais personne d’autres que lui. Pour moi, il n’y avait qu’un seul chef et c’était lui.

• …

- Je n’avais rien à envier à un ministre. Car j’avais la caution du Président. Je dis bien que j’entrais librement chez lui et même jusque dans sa chambre. Donc on était très liés. Quand le Président vivait, il y a des choses que certaines personnes ne pouvaient pas me dire. C’est ce qui explique les problèmes que j’ai rencontrés avec certaines personnalités après la disparition du Vieux. Après son décès, je n’ai occupé aucun poste dans le parti.

• Des anecdotes par rapport à votre collaboration avec le président Houphouët ?

- J’ai remporté les législatives de 90, un dimanche. Le lundi matin, j’étais dans ma chambre d’hôtel qui me servait de QG. Je reçois un premier coup de fil matinal. Lorsque je décroche le téléphone, on me dit à l’autre bout du fil : “ne quittez pas s’il vous plaît, le Président de la République veut vous parler.” J’ai commencé à danser en même temps dans la chambre. Si le Président Houphouët m’appelle, c’est que je suis important. C’est avec ce coup de fil que j’ai réalisé mon importance avec cette élection. J’avais une telle considération pour lui que cela frisait de la vénération. Quand je le croisais, je me mettais à genoux pour le saluer. Tu ne peux pas savoir ce qu’il représentait cet homme. Depuis qu’il est parti, vous avez vu la situation dans laquelle notre pays est plongé maintenant ?

• Le show-biz est aussi l’un de vos domaines d’activité depuis plusieurs années. Comment vous vous êtes introduit dans ce milieu ?

- Depuis le collège, j’organisais des bals de fin d’année. Ensuite, je suis passé à des manifestations culturelles et sportives. A Abidjan, pour donner forme maintenant à tout ce que j’entreprenais dans l’informel, je suis allé voir un notaire pour déclarer ma structure. C’est ainsi que j’ai crée en Octobre 1981, Orga Manucus. Une structure d’organisation de spectacle. Alors, nous avons commencé à organiser des spectacles grandes envergures.

• Quel est votre premier grand spectacle du genre ?

- Le premier grand spectacle que j’ai organisé avec ma structure est la tournée que j’ai entreprise à l’Ouest en 1982 avec le roi du ziglibity, Ernesto Djédjé. Nous avons fait danser Duékoué en passant par Danané et Man. Mais après la tournée avec Djédjé, nous avons produit en spectacle tout ce que nous avons comme crème de la musique ivoirienne : Alpha Blondy, François Lougah, Aïcha Koné, Bailly Spinto. J’ai fait l’un des premiers grands concerts d’Alpha, un 1er janvier 1992 au Parc des Sports de Treichville. Au niveau du show-biz africain, il y a Baaba Maal. Après, il y a eu Youssou Ndour, Sékouba Bambino, Tshala Muana, Papa Wemba et Koffi Olomidé à ses débuts, ici, et aussi ces deux derniers passages à Abidjan.

• Tout récemment, Papa Wemba nous a dit que ses spectacles à Abidjan ont avorté car vous n’êtes pas allés jusqu’au bout de vos engagements avec lui. Qu’en est-il exactement ?

- Je n’avais pas suivi cela. Mais je sais que Wemba est sous contrat de spectacles avec moi. Moi, j’ai été surpris d’apprendre qu’il viendrait à Abidjan pour un spectacle. Nous avions arrêté des dates de spectacles avec lui. Mais pour des raisons indépendantes de ma volonté, je n’ai pas pu les respecter. Mais c’est avec son accord. Il a encaissé de l’argent. De toutes façons, nous allons arrêter des dates avec lui et l’annoncer pour une nouvelle date de concert.

• Vous avez aussi célébré, en son temps, un mariage très médiatisé à l’époque avec Reine Pélagie. Aujourd’hui, quel souvenir gardez-vous de ce moment ?

- Je ne veux pas revenir sur ce sujet, pour la simple raison que les médias avaient suffisamment spéculé sur ce mariage. Tout cela, c’est du passé maintenant. J’ai fait refait ma vie avec une autre femme. Et j’ai des enfants. Pour le respect de toutes ces personnes qui me coûtent chères, je ne voudrais pas les frustrer en revenant sur un sujet qui ne vaut plus la peine d’en parler.

• De toutes vos réalisations, laquelle vous donne entière satisfaction ?

- Ce sont celles qui me font me vivre. Et sur ce plan, j’aime être discret. Il ne sert à rien de s’exposer inutilement. Moi, je pense que ça n’en vaut pas la peine. Mais, je suis dans le transport et dans l’hôtellerie.

• Quelles sont vos distractions favorites ?

- (Il réfléchit…) J’aime le jeu de dame. Je suis très fort au jeu de dame. Je suis excellent dans ce jeu à tel point que je ne suis connu que dans cette discipline sur le plan national. Je jouais souvent au maracana avec les jeunes du quartier. Mais depuis la crise de Septembre 2002, j’ai arrêté de faire le sport.

• Pourquoi ?

- Je consacre plus de temps désormais à l’étude de la parole de Dieu. Je vais à l’église tous les dimanches où je prie beaucoup. Et puis quand j’ai vraiment un bout de temps, je vais au stade où je regarde un match de football. Je suis un grand mordu de football.

• Quel genre de musique écoutez-vous ?

- J’écoute beaucoup la musique traditionnelle. J’adore la musique traditionnelle dan et wê. Je suis très accro de la musique traditionnelle. C’est la seule façon de me connecter au village parce que je n’y ai pas grandi. J’écoute toutes ces musiques dans ma voiture. Il faut dire que je suis moi-même, neveu des Dan. Car ma grand-mère maternelle est Dan. Donc, je suis Wê et Dan. Il faut dire que ces folklores sont beaucoup rythmés quand on les écoute, ça me ressource.

• A part ça ?

- J’écoute également les chansons religieuses. Comme celles des chantres de Schékina, Elysée et bien d’autres. Dans tous les cas, j’écoute toutes les musiques à la gloire de Dieu.




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