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mercredi, 17 décembre 2008

Au-delà d'Obama, le modèle d'intégration américain

L'InstituType de document : Article dans La Tribune
Paru le : 12 novembre 2008
Ecrit par : Pascal de Jenlis et Philippe Manière

L'institut Montaigne écrit dans la presse

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Au-delà d'Obama, le modèle d'intégration américain

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Pascal de Jenlis, président-fondateur du groupe Hameur (Magimix et Robot-Coupe), était l'un des vingt-cinq chefs d'entreprise participant à un voyage d'étude sur la diversité organisé la semaine dernière par l'Institut Montaigne. Avec Philippe Manière, directeur général de l'Institut Montaigne, ils nous livrent leurs impressions de retour d'Amérique sur l'élection historique de Barack Obama, et ses leçons pour la France "black-blanc-beur". Ils stigmatisent le retard français en matière d'intégration des minorités et prônent, comme aux Etats-Unis, le recours au comptage "ethnique", seul moyen selon eux de tenir la promesse républicaine.




On a tout dit sur les raisons de la magnifique victoire de Barack Obama. Mais si, pour la première fois dans l'histoire, un Noir est devenu le chef de l'exécutif d'une grande démocratie occidentale, c'est aussi parce que, depuis cinquante ans, la société américaine a méticuleusement pavé la voie à cet événement en procédant à un bouleversement radical de ses représentations collectives.


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Ce qui frappait le visiteur étranger la semaine passée à Chicago, à Washington ou à New York, c'est la claire conscience qu'avait le peuple américain de l'enjeu moral de cette élection. John McCain lui-même a d'ailleurs rendu un vibrant hommage à son concurrent, mais aussi et surtout à la symbolique que revêt cette élection. En réalité, cet enjeu a été identifié et magnifié dès les années 1960 par Kennedy puis, surtout, par Johnson qui, en introduisant dans le droit américain un dispositif de discrimination positive, intellectuellement paradoxal et très impopulaire au sein de son propre parti démocrate, posait les premiers jalons du long chemin qui a abouti le 4 novembre 2008. Au-delà des clivages partisans (Abraham Lincoln, qui a aboli l'esclavage, était un républicain !), l'Amérique aura fait en cent cinquante ans, et spécialement au cours de ce dernier demi-siècle, un formidable travail sur elle-même au service de l'insertion de ceux qu'elle avait si longtemps rejetés.

Malgré sa difficulté, malgré les résistances, cette politique d'insertion a été perçue par le pays et par ses dirigeants comme un prérequis indispensable à la légitimité et à la crédibilité extérieures du pays (et des valeurs qu'il proclame), mais aussi à la solidité et à l'efficacité du modèle économique et social américain. Au départ (mais de moins en moins) à l'aide d'un dispositif normatif spécifique passant par la contrainte (quotas) puis, de plus en plus, sur la base de la mobilisation de toute la société autour de la notion de diversité comme nouvelle déclinaison de ce concept d'"equal opportunities" qui fonde la république américaine, les minorités ont ainsi été systématiquement promues à tous les niveaux, dans toutes les dimensions du pays. Les organisations publiques et philanthropiques, pionnières, ont été rejointes dans ce long voyage par les entreprises privées qui agissaient par crainte des procès mais aussi par pragmatisme et par intérêt : la diversité est devenue un levier de business, elle est aussi un gage nécessaire à la demande de plus en plus pressante d'un citoyen-consommateur soucieux de justice.

En s'engageant très tôt sur cette voie, l'Amérique a intelligemment investi sur son propre avenir : les minorités, qui représentaient environ 20% du pays en 1980, constituent aujourd'hui un tiers de la population. Elles seront vraisemblablement... majoritaires dès 2050. A un degré moindre, et à peu près trente ans plus tard, la France connaît une évolution démographique comparable. C'est pourquoi elle serait bien inspirée, au-delà de l'admiration plus lyrique qu'analytique qu'elle professe pour Obama, de s'interroger sur les déterminants profonds de son élection et sur les moyens de rendre le même événement imaginable, un jour, chez nous.

Tout au long de notre voyage aux Etats-Unis, nous avons rencontré des hommes et des femmes remarquables, entrepreneurs, politiques, militaires issus des minorités visibles. Partout, nous nous sommes posé cette question simple : quels sont leurs équivalents, leurs homologues français ? La réponse est hélas souvent difficile à trouver... Si nous voulons aller au-delà de la symbolique du succès d'un Zidane, d'un MC Solaar ou d'un Malamine Koné, il nous faut admettre que, derrière l'objectif clair d'une égalité effective entre hommes et femmes de toutes origines, il faut élaborer des modalités d'action elles aussi claires et résolues — ce que, jusqu'à ce jour, la France a été parfaitement incapable de faire.

La première étape, fondatrice, d'un vrai changement, serait d'admettre enfin la légitimité d'un décompte. Dans l'administration, dans l'entreprise, dans l'armée, et en particulier au plus haut niveau, quel est le pourcentage de personnes issues de l'immigration et des minorités visibles ? Non seulement nous n'en savons rien mais, en plus, nous nous interdisons de le savoir au nom d'idéaux charmants mais d'un autre âge et qui ont, hélas, montré à quel point ils étaient contre-productifs. Il est urgent, pour la France, de tourner la page de ce blocage absurde — certes en s'entourant de toutes les précautions !

On peut avancer par la loi (ce à quoi notre tradition serait contraire), ou par l'entremise d'une prise de conscience collective générant l'action volontaire des organisations et des individus. Mais, dans l'un et l'autre cas, se priver d'instruments de mesure, c'est s'interdire tout progrès. Le "problème moral" en quoi consisterait, selon les beaux esprits, l'identification et le suivi statistique des Français issus des minorités visibles, dans lequel nous nous complaisons, est sans commune mesure avec celui, criant, de la trahison par notre pratique quotidienne de la promesse républicaine de l'égalité des chances.

La manière dont les Etats-Unis ont embrassé l'idéal de l'inclusion jusqu'à porter à leur tête un représentant des minorités doit nous inspirer. Or, le comptage "ethnique" a été le catalyseur de ce changement. Loin d'être un problème idéologique, ce comptage constituerait pour nous comme pour eux une solution pratique d'une formidable efficacité.

Pascal de Jenlis et Philippe Manière (Institut Montaigne)

Commentaires

Plus un symbole qu'un président à mes yeux, il incarne le renouveau, un symbole de lutte contre les discriminations. Or c'est tout à fait dans ce sens qu'il a été nommé prix nobel de la paix ... Cependant, tout comme vous, j'attends toujours des choses plus concrètes de sa part.

Écrit par : Jogos de vestir | lundi, 09 août 2010

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