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vendredi, 12 décembre 2008

Enrollement Abidjan : Plus de 600 mille Ivoiriens manquent à l'appel

Fin de l'enrôlement dans trois jours
Abidjan : Plus de 600 mille Ivoiriens manquent à l'appel




Plus que trois jours à Abidjan, avant la fin de l'opération d'identification et d'enrôlement des populations. La moisson n'aura finalement pas atteint la promesse des fleurs.






Alors que la dernière échéance se rapproche à grands pas, une question taraude les esprits au sein des partis politiques. Va-t-on atteindre le chiffre de 3 millions d'enrôlés initialement visés par l'opération ? Quelques mois avant le lancement de l'identification, les services de la Commission électorale indépendante (Cei) avaient sorti des prévisions qui tablaient sur ces 3 millions, voire, disait-on, un peu plus. Aujourd'hui, l'on est en mesure d'affirmer que ce chiffre ne sera pas atteint. Selon des sources au cœur des structures techniques chargées de cette opération, l'espoir s'amenuise au fil des jours. Le tableau des décomptes de l'Ins et de la Sagem, affiche pour Abidjan un chiffre qui tourne actuellement autour de 2,1 à 2,2 millions d'enrôlés. Jusqu'au dimanche (dernier jour d'ouverture des bureaux), «il sera impossible d'atteindre, ou de dépasser 2,4 millions», annoncent nos sources qui sont formelles. «Dans certaines communes comme Cocody, Plateau, Marcory … il est établi que l'opération n'enregistre plus personne dans certains centres depuis plusieurs jours déjà. Nous pensons qu'Abidjan a déjà tout donné», se convainc-on. La proposition avait même été faite de fermer certains centres où les agents se tournent les pouces. «On sait que dans certains bureaux il n'y a plus de pétitionnaires depuis plus d'une semaine. Mais, nous avons préféré attendre dimanche pour les autoriser tous à fermer au même moment. Mieux vaut attendre la fin officielle afin d'éviter des mauvaises interprétations. On est en Côte d'Ivoire et on se connait. Si nous fermons parce qu'il n'y a plus d'enrôlés, des gens bien que sachant que cela est juste, n'hésiteront pas à dire que c'est parce que nous savions qu'il s'agit de leur fief que nous l'avons fait pour les priver de leurs électeurs», a ironisé un expert de la Cei. Il restera donc un gap de 600 mille enrôlés qui manqueront à l'appel par rapport aux prévisions. Qu'est-ce-qui explique cela ? Nos sources pensent que la justesse des prévisions par rapport à la taille et aux caractéristiques de la population de plus de 6 millions que compte Abidjan n'est pas du tout en cause. Les prévisions étaient réalistes, disent-elles. Mais, une donnée importante n'a pas été prise en compte. Elle est d'ordre sociologique. Une bonne frange de cette population abidjanaise est très attachée aux affaires de sa ville d'origine ou son village natal. Il s'agit essentiellement des populations ressortissantes d'autres régions du Sud du pays qui résident à Abidjan ou qui se sont retrouvées là du fait de la guerre. Ces personnes veulent venir faire campagne au village. Avec en arrière pensée, la nécessité pour elles d'aller aider à faire élire un maire, un député ou un président de conseil général qui leur est cher. Une chance qu'elles perdraient en se faisant enrôler à Abidjan. De fait, précisent nos interlocuteurs, quelques fois, des cadres de partis politiques eux-mêmes encouragent ce «retour au village» qu'ils organisent pour se constituer un électorat captif dans le cadre des joutes locales. Ce sont par exemple les ressortissants de la périphérie d'Abidjan (Dabou, Jacqueville, Alépé…), jusqu'à Guiglo Man, dans l'Ouest et l'Est du pays. Par contre, analyse-t-on du côté des techniciens de l'opération, les populations du Nord ne sont pas concernées par ces mouvements. Elles qui cherchent généralement surtout à obtenir la carte d'identité nationale là où elles se trouvent. L'autre raison qui justifie l'absence de ces 600 mille Abidjanais à l'appel se trouve, explique un cadre de l'Ins dans les migrations. «On a oublié que de nombreux Ivoiriens ont quitté le pays pour aller se chercher à l'extérieur», soutien notre interlocuteur. Selon lui, les derniers chiffres revenus des estimations réalisées à l'étranger sont édifiants. «Les Ivoiriens sont présents massivement à l'étranger en commençant par la sous-région africaine. Je suis certain qu'à l'étranger l'on aura un score qui va surprendre plus d'un. Des pays comme le Ghana où l'on ne s'attendait pas à grand-chose créeront la surprise. Il en sera de même pour les pays du Maghreb, la France, l'Angleterre, le Etats-Unis… Figurez-vous que nous avons découvert que dans la banlieue d'Atlanta seulement, il y a plus de 100 mille Ivoiriens. Je ne serais pas étonné si l'on retrouve 4 à 5 millions d'Ivoiriens dehors», révèle-t-il. Se prononçant sur les plaintes formulées récemment par le Fpi qui trouve suspecte l'accélération de la cadence des enrôlements dans sa seconde phase, c'est-à-dire après la prise de la circulaire du Premier ministre, le spécialiste s'étonne. «Le premier million d'enrôlés été atteint lentement parce que justement les troubles s'étaient multipliés suite au mot d'ordre de boycott et de demande de suspension lancé par le Fpi. Mais, après la circulaire, il y a eu juste quelques mouvements d'humeur des agents d'enrôlement et d'identification, mais la vitesse de croisière a été vite atteinte. Le deuxième million a donc été atteint très rapidement. Ce sont d'ailleurs les mésententes et les mots d'ordre contre-productifs qui font inutilement durer ce processus en Côte d'Ivoire qui ne vise que 8 millions d'électeurs, là où le Nigéria a atteint plus de 70 millions en trois mois seulement. La Côte d'Ivoire aurait pu terminer en un mois au maximum si les troubles n'étaient pas survenus», a-t-il affirmé.





Djama Stanislas

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